Washington enserre l’Iran d’un blocus pétrolier total

Un an après avoir renié l’accord sur le nucléaire historique signé en 2015, les États-Unis resserrent leur blocus à l’encontre de la République islamique. En annonçant lundi sa volonté de traquer tout achat d’hydrocarbures iraniens – la première source de revenus de Téhéran –, la Maison-Blanche indique expressément vouloir «pousser les exportations de pétrole iranien à zéro». Jusque-là, Washington fermait encore les yeux sur les cargaisons partant vers huit pays – dont la Chine, le Japon, le voisin turc mais aussi les raffineries grecques et italiennes.

Afin d’éviter que cette disparition annoncée des barils iraniens n’affole les prix mondiaux des hydrocarbures – comme lors de la première salve de sanctions de novembre –, «les États-Unis, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis s’engagent» à assurer un approvisionnement mondial «adéquat», promet la Maison-Blanche. Les États-Unis convoquent ainsi ouvertement l’eldorado pétrolier mis au jour sur leur territoire pour s’imposer en grand ordonnateur de l’or noir, au même titre que les Saoudiens – une première.

Lundi, la Bourse du pétrole londonienne a connu un coup de chaud – d’une portée limitée, la City étant désertée par ses traders en cette fin de week-end pascal. Ce blocus total a pris le secteur par surprise. Réunis il y a un mois à Lausanne, lors d’un forum du «Financial Times», les responsables de six des plus grands groupes de négoce de brut s’attendaient en effet à ce que Washington continue de tolérer certains achats de brut iranien – notamment ceux de la Turquie.

Les menaces répétées de l’administration Trump avaient cependant préparé le terrain. Dans les faits, la ligne jaune tracée par Washington a déjà poussé l’Italie et la Grèce à s’éloigner de Téhéran. «Les pays européens ont cessé tout achat de brut iranien», confirmait dès le début d’année Petrologistics, bureau genevois surveillant les supertankers sillonnant les océans.

Une inconnue de poids subsiste: la Chine, principale destination des cargaisons iraniennes. Pékin «ne peut accepter de voir sa stratégie d’approvisionnement dépendre d’une décision américaine unilatérale», prévient Olivier Jakob, responsable de Petromatrix à Zoug. Aux yeux de cet observateur reconnu de la scène pétrolière, «maintenir ses achats de brut iranien reste indispensable pour la Chine, et elle continuera de le faire».

(TDG)

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