Vers une privatisation complète de PostFinance

Le Conseil fédéral veut aller plus loin que ce qui était envisagé jusque-là concernant PostFinance. Le gouvernement souhaite toujours que le bras financier de La Poste puisse distribuer des crédits et des hypothèques, ce qui lui est pour l’instant interdit. Cette transformation, qui apporterait des recettes supplémentaires pour financer le service universel de La Poste, s’accompagnerait d’une privatisation complète de PostFinance, selon un communiqué diffusé mercredi. Ce projet prévoyait initialement que La Poste demeure actionnaire majoritaire. Les milieux de gauche s’opposent fermement à une privatisation intégrale, tandis que les banques y voient un pas dans la bonne direction.

C’est une nouvelle étape sur le long chemin qui pourrait conduire PostFinance à devenir une banque commerciale (presque) comme les autres. En s’orientant vers une privatisation complète, le Conseil fédéral reprend une partie des craintes et critiques exprimées lors de la procédure de consultation sur son projet de révision partielle de la loi sur l’organisation de la Poste, ouverte entre le 5 juin et le 20 septembre derniers. Avec une privatisation partielle, la Confédération continuerait à exercer un contrôle sur PostFinance, à travers La Poste. Cette situation nuirait à la concurrence et à la stabilité des marchés financiers, avait-il notamment été relevé.

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Au printemps, PostFinance avait fait une incursion temporaire sur le marché des crédits, en étant impliquée dans la distribution de prêts-relais mis en place par la Confédération pour soutenir l’économie. L’entité avait reçu 16 400 demandes représentant 835 millions de francs, pour des crédits d’une valeur moyenne de 50 000 francs. Si elle obtenait l’accès au marché des crédits et des financements immobiliers, PostFinance pourrait acquérir jusqu’à 5% du marché hypothécaire en dix ans, soit environ 5 milliards de francs par an, selon les projections du Conseil fédéral.

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Cette concurrence supplémentaire n’est pas bien vue de la part des banques, en particulier celles qui sont très actives sur ce segment. Leur association faîtière a néanmoins estimé mercredi qu’une levée de l’interdiction d’octroyer des prêts devait aller de pair avec une privatisation totale, évoquant un «pas dans la bonne direction» dans un communiqué envoyé au Temps. Ce serait le seul moyen de garantir une concurrence loyale, selon le Parti libéral-radical, alors que Le Centre (ex-PDC) se prononcera lorsque PostFinance aura présenté sa stratégie avec et sans privatisation partielle.

Nombreuses critiques

A l’inverse, le Parti socialiste préférerait que l’entité soit transformée «en une banque du climat au service du bien commun». Une privatisation est inacceptable pour l’Union syndicale suisse et saperait le mandat de prestations de base de La Poste. Rejet également du côté de l’Union suisse des arts et métiers, qui relève que le marché hypothécaire et du crédit n’a pas besoin d’un nouvel acteur, et que ce projet ne servirait que les intérêts de PostFinance. Autre critique, cette privatisation n’en serait pas une, puisque – c’est une nouvelle disposition du projet – la Confédération devrait fournir les fonds propres exigés à un établissement «too big to fail» comme PostFinance.

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