Une société artificiellement intelligente

Chômage massif, robots tueurs, humains asservis. L’intelligence artificielle (IA) effraie. Mais n’ayons crainte! Même les programmes d’IA les plus avancés (prenons AlphaGo, l’imbattable joueur de Go virtuel développé par Google) ne sont capables de réaliser qu’une seule tâche bien définie (jouer au Go) souvent effectuée mieux que nous. Demandez-lui un café, vous ne boirez que du vent.

L’IA aujourd’hui reste très loin d’une IA généralisée qui prendrait le contrôle sur notre espèce. Et rien de magique derrière cette technologie, bien au contraire. Des formules mathématiques combinées à des calculs réalisés par nos ordinateurs et des masses de données forment la base des systèmes intelligents. Un processus tangible nécessitant de l’espace, du temps et de l’énergie pour créer ces outils puissants dont nous faisons usage quotidiennement.

Amazon nous recommande des livres, Facebook suggère de nouvelles amitiés, Google place astucieusement des publicités en fonction de nos activités digitales. Mais quelle place pour l’IA dans notre société? Oui, certains de nos métiers seront remplacés. Du moins certains aspects. La force de l’IA est de pouvoir automatiser des tâches répétitives. Trier des grains de riz, reconnaître des panneaux routiers, détecter des cellules cancéreuses. Les activités créatives et sociales se maintiendront cependant hors d’atteinte.

La machine, aussi intelligente qu’elle soit, ne fait preuve d’aucune sensibilité. Ces programmes sont par ailleurs créés par des ingénieurs en chair et en os, dont les biais se retrouvent au sein des lignes de code. Or, c’est un domaine où la diversité ne prime pas. L’hétérosexuel blanc domine ici aussi et cela pose des problèmes que nous devons régler rapidement. Il serait inadmissible que des algorithmes judiciaires déterminant le risque de récidive d’un criminel soient moins tolérants avec certaines éthnies.

Nos sociétés font actuellement face à deux défis majeurs: les inégalités et la durabilité. L’IA peut être l’une des clés de la solution. Mais, aujourd’hui, les programmes intelligents servent principalement à augmenter le profit de grandes entreprises. Pour empêcher davantage les inégalités de se creuser et le fragile équilibre naturel se dérégler, il est primordial d’ériger des garde-fous qui garantiront un avenir serein.

Les politiques doivent dès maintenant s’atteler à établir des régulations qui nous protégeront des potentielles dérives de l’utilisation de l’IA. La protection de la sphère privée, la gestion des ressources et l’éthique doivent servir de phares au développement de cette technologie.

La troisième révolution industrielle, celle d’Internet, a généré une quantité incommensurable de données. La quatrième révolution, celle de l’IA, permettra de les traiter pour en extraire de l’information utile à notre développement durable. L’intelligence artificielle non pas comme fin en soi, mais au service d’un monde meilleur. (TDG)

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