Une ONG genevoise met la clé sous la porte et licencie ses 50 collaborateurs

Clap de fin. Fondé en 1996 à Genève, le Centre international pour le commerce et le développement durable (CICDD), spécialisé dans l’information et l’analyse sur le commerce, a cessé ses activités de façon inattendue vendredi dernier. Dans la foulée, 34 collaborateurs en Suisse et une quinzaine à l’étranger ont été licenciés sur-le-champ. Dans un communiqué, les responsables expliquent cette décision par une «situation financière intenable».

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La nouvelle a choqué les milieux diplomatiques à Genève, capitale mondiale du commerce international, siège de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et d’autres entités qui gravitent autour de celle-ci. Parmi elles, le CICDD s’était fait un nom en organisant de nombreuses conférences et en publiant des périodiques et documents, notamment Bridges, un hebdomadaire gratuit en ligne qui occupait 15 collaborateurs.

Financé par les Pays-Bas, le Danemark, le Royaume-Uni et la Suède, à chaque réunion ministérielle de l’OMC tous les deux ans, le centre genevois invitait plusieurs centaines de participants à ses propres événements. Il était toutefois moins apprécié par certains acteurs qui le décrivent comme «une multinationale du lobbying en faveur du libre-échange à tout-va».

La grenouille et le bœuf

D’autres critiques affirment que le CICDD était devenu comme une grenouille voulant se faire aussi grosse qu’un bœuf. Pour cause, au fil des années, le centre n’a pas seulement élargi ses activités, mais aussi ouvert des filiales à São Paulo, Dakar, Bruxelles, Pékin et Shanghai. «Nous étions devenus une grande organisation travaillant pour le bien public», se défend Ricardo Melendez, le fondateur et directeur du CICDD depuis 1996. Tous ces centres régionaux, à l’exception de celui de Bruxelles qui va voler de ses propres ailes, ont aussi mis la clé sous le paillasson.

«Nos principaux bailleurs de fonds ont décidé de fermer le robinet, regrette Ricardo Melendez, lui-même ancien diplomate colombien. Désormais, ils ambitionnent plutôt de financer des projets de développement dans les pays les plus pauvres au lieu d’une activité d’analyses et de recherches. Cette tâche est pourtant cruciale pour maîtriser les contours des échanges internationaux.»

Syndrome du fondateur

Les difficultés financières ont commencé il y a 2 ans. En 2016, le centre jonglait encore avec un budget annuel de 15 millions de francs. En 2018, 6 millions seulement. Les responsables ont certes songé à solliciter des fonds privés. Mais à cause de divisions internes, aucune initiative n’a été concrétisée.

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Puis, il y a eu des erreurs de stratégie. «Il y a 2 ans, j’avais pensé à un changement de leadership, reconnaît Ricardo Melendez. Mais j’ai sûrement été frappé par le «syndrome du fondateur» en pensant qu’il était de ma responsabilité de diriger l’organisation et je suis resté.»

Train de vie excessif?

Qu’en est-il des critiques formulées par des proches de l’organisation selon lesquelles la direction avait un train de vie excessif, notamment en matière de salaires? «Je les réfute sans aucune réserve; mon salaire était comparable à ceux des dirigeants d’organisations de la même taille que le CICDD, affirme Ricardo Melendez. S’y ajoutait une compensation pour les propositions d’emploi que j’ai refusées à de multiples reprises, notamment un portefeuille de ministre dans mon pays et la direction d’organisations onusiennes.»

Les voyages? «Cela m’arrivait de passer vingt jours par mois d’un pays à un autre, fait remarquer le directeur. Nous étions souvent invités à participer à des conférences à l’étranger. Dans de nombreux cas, les frais de voyage et de logements ne nous étaient pas remboursés.»

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