Une multinationale risque de biffer 19 postes au Locle

La Suisse s’est engagée dans une œuvre immense: la réforme de l’imposition des entreprises, dite RIE III. Un grand ménage fiscal, imposé progressivement par les plus puissants membres de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Il vise à supprimer les taxations allégées dont bénéficient des sociétés effectuant au moins 80% de leurs recettes et de leurs dépenses en dehors de Suisse.

Cette abolition imminente suscite-t-elle quelques regrets parmi les multinationales? Le plus grand employeur américain en Suisse (plus de 6500 collaborateurs), Johnson & Johnson, envisage en tout cas de cesser des activités de recherche et développement dans le canton de Neuchâtel. Du coup, dix-neuf emplois sont menacés au Locle.

Licenciements à craindre

La décision concerne Codman Neuro, division de DePuy Synthes, elle-même filiale de Johnson & Johnson employant environ 19 000 personnes en tout, réparties dans une soixantaine de pays.

Le développement du nouveau système de monitoring neurologique de Codman Neuro sera donc délégué à un partenaire externe, domicilié dans le Wisconsin. Ce dispositif est destiné à des patients souffrant de traumatismes crâniens. Une procédure de consultation des représentants du personnel est déjà en cours. Des mutations internes seront proposées aux collaborateurs concernés: au sein de DePuy Synthes, de Johnson & Johnson ou en dehors du groupe. Le syndicat Unia a lui-même été informé de cette décision lundi matin. A ce jour, des licenciements ne sont pas exclus.

Le choix de Johnson & Johnson est lié aux mesures de restructuration annoncées le mois dernier et visant à supprimer environ 3000 postes dans le monde. Soit 2,5% de ses effectifs. Les dégraissages seront effectués dans les domaines des équipements médicaux, de l’orthopédie, de la chirurgie et des maladies cardiovasculaires.

En dépit de ces décisions de Johnson & Johnson, Neuchâtel apparaît comme un canton modèle dans l’art de supprimer des privilèges fiscaux, tout en prenant soin de sa compétitivité. Le 1er janvier, un taux unique et généralisé d’imposition des bénéfices des entreprises y est entré en force: 15,6%.

Vaudois aux urnes

L’ex-conseiller d’Etat Jean Studer avait inspiré ce régime uniformisé en anticipant la nécessité d’abandonner des modes d’abattements fort peu appréciés au sein de l’Union européenne. En juin 2011, 77% des votants avaient approuvé la réforme pionnière, élaborée par le magistrat socialiste.

Les Vaudois voteront à leur tour le 20 mars pour se prononcer sur leur propre mise à jour fiscale. Celle-ci porte sur un taux d’imposition des entreprises unifié à 13,79% en 2019. Le gouvernement genevois présentera au Grand Conseil un projet dans le même sens cette année. Il portera aussi sur une taxe sur les bénéfices d’environ 13%, contre les 11,6% dont bénéficient actuellement des firmes assurant plus de 20 000 postes de travail au bout du Léman.

De telles dispositions constituent de bonnes nouvelles pour les vraies entreprises indigènes. Les fiscs helvétiques perçoivent encore souvent plus de 20% sur leurs bénéfices. Mais elles ne rassurent pas les collaborateurs de multinationales nous manifestant parfois leurs inquiétudes (voir nos éditions du 29 janvier).. (TDG)

(Créé: 24.02.2016, 20h27)