«Une guerre commerciale avec l’UE est peu probable»

Les États-Unis du président Donald Trump diront ce week-end si les voitures du Vieux-Continent – actuellement taxées à 2,5% contre 10% pour les véhicules américains en Europe – représentent une menace réelle pour la sécurité nationale. La guerre commerciale est-elle en marche? Peu probable, selon Samy Chaar, chef économiste auprès de la Banque Lombard Odier & Cie SA, à Genève. Interview.

Chine-Etats-Unis-UE: A-t-on une visibilité pour le futur, notamment sur la croissance?

Malheureusement, l’activité économique et financière dépend beaucoup des pourparlers entre États-Unis et Chine. La sensibilité des variables économiques et des bénéfices des sociétés au commerce mondial est très forte. La situation est donc binaire. Soit un accord est trouvé à court terme, ce qui permettra le redémarrage du commerce mondial et de l’activité manufacturière – la croissance mondiale se maintiendrait alors à un niveau convenable. Soit l’incertitude va persister et toute perspective de reprise sera repoussée à plus tard. La croissance mondiale devra alors être revue à la baisse.

En février dernier, vous aviez écrit dans une note qu’une guerre commerciale avec l’Europe était peu probable. Le pensez-vous?

Oui effectivement, nous étions et restons davantage inquiets des risques d’une tension persistante entre États-Unis et Chine. L’Europe est un partenaire commercial traditionnel des États-Unis et un allié. Trump fait face à une opposition importante au Congrès lorsqu’il bouscule ses partenaires les plus proches. En revanche, les Américains sont unis dans leur volonté de contenir les Chinois afin de préserver leur hégémonie. Il peut donc y avoir des tensions, des menaces et des représailles mineures entre Américains et Européens, mais notre sentiment est qu’une guerre commerciale étendue avec l’Europe est peu probable. Il y a donc un poids deux mesures dans l’approche américaine. La confrontation avec ses partenaires traditionnels finit généralement par rentrer dans l’ordre (Europe, Canada, Mexique, Corée et Japon), alors que celle avec la Chine semble avoir beaucoup plus d’enjeux, avec un potentiel de dérapage plus important.

Si les voitures européennes devaient être surtaxées de 25%, quelles seraient les conséquences pour l’UE, l’Allemagne surtout? Et quelles mesures de rétorsion l’UE peut-elle appliquer?

Dans ce cas de figure (qui nous paraît moins probable), les conséquences seraient très lourdes, et pas seulement pour l’Europe; les voitures japonaises et sud-coréennes pourraient être les prochaines visées. Le volume de voitures européennes (allemandes ou italiennes) exportées aux États-Unis est important et l’Europe n’a que peu de moyens de réponse. L’économie allemande ferait face à un vent contraire dont elle aurait du mal à se protéger. (TDG)

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