Une famille genevoise finance le dernier film d'Anthony Hopkins

Présenté lundi en avant-première au festival de Sundance, «The Father», le film tiré de la pièce de Florian Zeller a été principalement financée par la famille Spadone. Une implication qui rappelle l’attrait qu’exerce, en particulier aux États-Unis, le monde du cinéma sur les «family offices», ces sociétés financières chargées de placer des patrimoines de richissimes lignées.

Des productions indépendantes – à l’instar de l’adaptation des romans de Joël Dicker – démarchent aujourd’hui directement ces officines ayant la responsabilité du placement de centaines de millions de francs. Elles sont également courtisées par des nombreux fonds d’investissement prenant des parts – ou avançant de l’argent – sur des dizaines de coproductions, alors que les majors d’Hollywood se concentrent sur des blockbusters se chiffrant en centaines de millions de dollars.

Ça passe ou ça casse

«Avec The Father cela a bien fonctionné, mais la conjugaison entre une rencontre avec un auteur et un bon investissement reste tout sauf évidente, c’est pour cela que beaucoup d’investisseurs jettent l’éponge après un premier bouillon», décrit le principal investisseur du film, Christophe Spadone.

Ce dernier est marié à Héloïse Spadone-de Meuron et, selon le dernier classement des «300 plus riches en Suisse» du magazine «Bilan», leur fortune est évaluée entre 400 et 500 millions. Son épouse a retiré il y a quelques années les actifs lui revenant au sein de la Fondation de la famille Sandoz, qui réunit les héritiers du groupe pharmaceutique historique, devenu Novartis.

Ces paris cinématographiques ne sont-ils pas une version moderne de l’engouement pour des concessions minières aux confins de la pampa? «Oui, sauf qu’en cas d’échec en salles, un film peut s’offrir une seconde vie avec les diffusions télé et maintenant les chaînes de streaming», pointe l’homme d’affaires d’origine valaisanne. Netflix, Amazon Prime Video, Disney +, le mot est lâché: la multiplication des chaînes payantes signifie que ces dernières sont lancées dans une quête tous azimuts de «contenu» de qualité pour nourrir leur plateforme, d’où l’explosion du marché de la production attendue.

La suite? Un Maigret avec Depardieu

Retour sur ce long-métrage où le duo oscarisé Hopkins et Colman jouent le père et la fille – l’un espiègle et cruel, l’autre attentionnée – qui se battent contre l’inexorable déclin du grand âge. Les préventes à l’international de cette production, «qui se situe dans la moyenne des films européens indépendants, soit entre 5 et 10 millions de dollars», assurent d’ores et déjà à ses initiateurs de rentrer dans leurs frais et d’espérer un retour d’au moins «5 à 10%». Tout dépendra au final de l’accueil dans les salles américaines au printemps, Sony s’occupe de la distribution.

Christophe Spadone et sa structure Les Films du Cru n’en sont pas à leur coup d’essai et ce dernier s’est allié depuis trois ans avec «un professionnel solide», le producteur français Philippe Carcassonne, dont il a pris le contrôle de la société Ciné-@ l’an dernier. Ensemble ils avaient déjà financé «Marvin» et «Blanche comme Neige» de la réalisatrice Anne Fontaine, ainsi qu’un «Police» avec Omar Sy et Virginie Efira attendu cette année et coproduit par Canal+. «Les deux premiers n’ont pas connu un franc succès en salle», reconnaît le financier-cinéphile, même si le système de financement du cinéma en France «transfère en partie le risque du producteur vers les distributeurs et les chaînes».

Qu’importe. Ce dernier monte en gamme et participe au financement d’un film inspiré d’un polar de Maigret que Patrice Leconte doit tourner cet automne avec Gérard Depardieu, suivi de deux «biopics» sur le peintre Henri Matisse ainsi que sur le compositeur Ravel.

Créé: 22.01.2020, 20h34

monchange.ch