Une drôle d’affaire secoue le monde des salons d’esthétique

De Genève à Fribourg, une drôle d’affaire secoue le monde des salons d’esthétique. Plusieurs anciens franchisés d’Ideal Line, une enseigne présente en Suisse romande depuis une vingtaine d’années, s’estiment lésés. En cause, notamment, une clause d’exclusivité qui n’aurait pas été respectée. La justice a été saisie.

La fronde est partie du bout du lac. «En 2015, j’ai repris le centre situé sur la rive droite de Genève à mon ancienne patronne, qui était franchisée de la marque», explique Charlène Nogueira. Ces centres sont spécialisés dans les cures d’amaigrissement. La repreneuse signe deux contrats, interdépendants. L’un avec son ancienne patronne pour la reprise du fonds de commerce, l’autre avec la franchise Ideal Line afin de pouvoir utiliser la marque. Elle estime avoir été grugée dans l’opération.

La pierre d’achoppement? En reprenant le magasin genevois, la franchise lui vend l’exclusivité territoriale pour la rive droite de Genève. «Mais j’ai découvert par la suite qu’une enseigne avait été créée à Versoix en 2016, explique-t-elle. J’ai noté une forte baisse de fréquentation et un recul de mon chiffre d’affaires.» Charlène Nogueira assure que ce salon n’aurait jamais dû y être ouvert, car situé sur la rive droite du canton de Genève. Le franchiseur voit les choses d’un autre œil: «Nous contestons qu’une clause d’exclusivité n’ait pas été respectée», rétorque son avocat, Me Spira.

Une intrusion informatique

Charlène Nogueira va subir des attaques informatiques. «Une entreprise d’expertise en informatique m’a confirmé un piratage visant à supprimer des messages e-mails et à accéder à des documents, notamment à des fichiers clients, affirme-t-elle. Ils ont découvert que l’adresse IP du pirate est la même que celle de la franchiseuse.»

Charlène Nogueira décide alors de cesser de travailler avec la franchise et d’ouvrir un nouvel institut. «Entre la franchise et ce que j’ai versé à mon ancienne patronne, additionné des charges, j’en suis à plus de 1,5 million», estime-t-elle. En 2017, elle va intenter des actions pénales et civiles contre le franchiseur de la marque, ainsi que contre son ex-patronne. Celle-ci affirme pour sa part ne pas avoir été payée pour un montant de 500 000 francs encore dû à ce jour «pour le fonds de commerce et le parc machine».

Du côté du franchiseur, on rejette catégoriquement les accusations de piratage informatique. «Nous avons déposé une plainte pénale pour diffamation contre la plaignante, qui est actuellement en cours de traitement, explique Me Spira. Il n’existe aucun élément qui permette de démontrer que le système a été piraté ni que ma cliente serait intervenue à cet effet.»

Plainte de l’ex-franchisée de Versoix

Autre lieu, Versoix. L’humeur n’y est pas non plus à la fête. En 2016, après avoir connu la marque comme cliente, Maria Cannata avait ouvert la franchise Ideal Line dans cette commune genevoise. «J’ai commencé à payer l’achat de centre en 2015 déjà, alors qu’il n’était pas encore ouvert», se plaint-elle. Un montant de base auquel s’additionnent plusieurs milliers de francs en produits divers (crèmes, charlottes, linges, tenues, protections plastiques, etc.) que les franchisés sont obligés d’acheter chaque mois, même lorsque les affaires ne marchent pas bien.

«On devait aussi payer pour la publicité et verser des royalties», précise l’ancienne franchisée de Versoix. Au fil du temps, les affaires périclitent. «En 2017, j’apprends que mon salon se trouve sur la zone d’exclusivité de Charlène Nogueira.» C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Maria Cannata dépose alors plainte civile contre le franchiseur, réclamant des dédommagements.

D’autres procédures en cours

Nous avons aussi appris que d’autres procédures judiciaires opposent Ideal Line à d’anciens franchisés au bout du lac et à Fribourg. À Genève, le dossier est entre les mains de la justice depuis bientôt deux ans. Les plaignants aimeraient que les choses avancent pour pouvoir enfin tourner la page.

(TDG)

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