Une année économique chahutée: les dates clés de 2019

Le spectre de la récession a refait surface. Au Japon et en Allemagne, deux grandes économies exportatrices, le recul du produit intérieur brut (PIB) au 3e trimestre a sonné l’alerte. Les fondamentaux sont pourtant globalement positifs. «En zone euro, les politiques d’austérité sont derrière, laissant la place aux mesures de soutien à l’activité, commente Alan Mudie, chef stratégie investissement chez Société Générale Private Banking. Aux Etats-Unis, les indicateurs avancés soulignent la confiance des entreprises et des ménages. Certes, le taux de croissance en 2019 ralentira, par rapport à l’an passé, mais la probabilité d’une récession est très faible.» Et en Chine, où la guerre commerciale pourrait laisser des traces? «Les mesures de soutien déjà annoncées devraient permettre d’en atténuer l’impact», rassure-t-il.

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Pourquoi alors parler de récession? «La croissance est déjà désynchronisée et le ralentissement est une réalité dans de nombreux pays», affirme Patrice Gautry, chef économiste à la banque Union Bancaire Privée (UBP), à Genève. Et par-dessus tout, les risques de détérioration sont nombreux. En raison d’un président américain imprévisible, ils sont notamment politiques, mais aussi économiques.

Plusieurs grands rendez-vous sont susceptibles de faire basculer l’année 2019. En voici six.

28 janvier: la politique monétaire américaine, un enjeu mondial

Jerome Powell sera-t-il encore président de la Réserve fédérale américaine (Fed) à la fin du mois lorsque le Comité monétaire qui fixe le taux directeur aura alors sa première séance de 2019?

Avant celle de décembre, le président des Etats-Unis avait multiplié les appels, exigeant une pause dans la politique de resserrement monétaire commencée en décembre 2016. Le Comité monétaire n’a pas obéi à ses injonctions et a augmenté le taux de 0,25 point de pourcentage. Furieux, Donald Trump est allé jusqu’à dire, à la vielle de Noël, que la Fed était le plus grand problème de l’économie américaine. «On ne peut pas s’affranchir de Trump, note Patrice Gautry. Mais on peut répondre à ses critiques ou tenter de les éviter.»

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Quel que soit le scénario – limogeage de Jerome Powell ou pas –, tout flottement au sein de la Fed renforce les incertitudes et la volatilité non seulement à Wall Street, mais sur l’ensemble des places financières mondiales.

28 février: la fin de la trêve commerciale

Désormais, les conséquences de la guerre commerciale lancée par les Etats-Unis contre la Chine sont tangibles. Washington demande de rééquilibrer les échanges. Faute de quoi, à la fin de la trêve de 90 jours négociée le 1er décembre entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping, les douanes américaines augmenteront de 10 à 25% les droits tarifaires sur les importations en provenance de la Chine.

Pékin a déjà montré une certaine bonne volonté. Mais sera-t-elle suffisante? Des responsables chinois affirment que l’offensive américaine a un tout autre but, celui de freiner la puissance économique, mais aussi technologique de la Chine.

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Pour Patrice Gautry, la guerre commerciale ne se limite toutefois pas à la Chine et aux Etats-Unis. «Après la Chine, l’Union européenne sera dans le collimateur de l’administration Trump», pronostique-t-il. Pour sa part, Alan Mudie abonde dans le même sens et déclare que les risques que les Etats-Unis imposent une surtaxe sur les automobiles importées n’ont pas disparu. «Avec Trump, nous sommes dans un mode de négociation inhabituel», relève-t-il.

29 mars: le Brexit, inéluctable

Le divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne sera effectif dans moins de trois mois. Selon Alan Mudie, la position de Theresa May n’est pas si fragile que ça. Pour cause, il n’y a aucun candidat valable pour la remplacer au poste de premier ministre. «Londres sera arrimé à Bruxelles par une union douanière, prévoit-il, ce qui permettra un réajustement de la livre sterling.» Et de poursuivre: «Inévitablement, le Brexit freinera l’activité économique et ralentira la croissance durablement.

Pour l’économie, le meilleur scénario – hautement improbable – reste un nouveau référendum pour rester dans l’Union.»

Du 23 au 26 mai: les élections européennes en signe avant-coureur

Les électeurs de 27 pays de l’UE, le Royaume-Uni en étant sorti le 29 mars, éliront les 705 députés qui siégeront au Parlement européen pour un mandat de cinq ans. Divers sondages prévoient une poussée des partis nationalistes et souverainistes. «On surveillera, moins pour l’effet du résultat, mais plus pour ce qu’il apportera d’éclaircissement sur les futurs scrutins nationaux, notamment en Allemagne», note déjà Alan Mudie. Pour Patrice Gautry, les forces qui poussent à une fragmentation et vers un scénario de rupture sont à surveiller. «Les décisions du nouveau Parlement européen seront éminemment politiques et l’économie devra s’ajuster, estime-t-il. La question qui se pose: l’UE est-elle capable de se renouveler?»

28 au 29 juin: confrontation autour de l’OMC au G20

Le dernier sommet du G20 à Buenos Aires avait été éclipsé par le tête-à-tête Donald Trump et Xi Jinping. Il n’empêche. Un sujet de confrontation – l’avenir de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) – a fait l’objet des principales résolutions signées par les chefs d’Etat. Le G20 en juin à Osaka assurera le suivi.

Montés au front, les Etats-Unis affirment que l’OMC n’est plus adaptée à la nouvelle configuration du commerce mondial. Elle n’a ainsi pas d’instrument pour traiter la production et l’exportation de produits industriels chinois qui sont largement subventionnées par l’Etat. Selon Washington, mais aussi d’autres capitales, l’OMC ne dispose pas de moyen non plus contre le transfert de technologies forcé des multinationales en Chine.

Autant dire que les réformes de l’OMC seront un sujet majeur en 2019. La Chine n’est pas opposée aux réformes, mais certaines de ses positions sont loin de celles de Washington, Bruxelles et Tokyo.

31 octobre: la fin de l’ère Draghi

Après huit ans à la présidence de la Banque centrale européenne, (BCE), Mario Draghi tirera sa révérence le 31 octobre. «Il a marqué son mandat avec la phrase «Whatever it takes» pour aider la croissance, souligne Patrice Gautry. Son successeur, s’il sera un Allemand ou un Nordique, aura une tout autre sensibilité en ce qui concerne la politique d’assouplissement monétaire menée par Draghi.»

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