Un supercalculateur au prix d’Instagram 

Les ordinateurs Cray comptent parmi les plus puissants. Ces machines ont permis les plus grandes avancées technologiques depuis la création de la société qui porte le nom de son fondateur. Cette dernière compte parmi les rares capables de fabriquer des supercalculateurs de la classe exascale, la future catégorie de référence du domaine.

Cray est dans l’actualité car les grandes puissances du monde se livrent à une véritable bataille pour être sûres d’avoir assez de ces machines qui seront capables de concevoir les prochains algorithmes, les futurs médicaments et surtout d’anticiper les évolutions du climat.

Les Américains font la course contre le reste de la planète, notamment les Européens et les Japonais, mais leur principal adversaire est, bien sûr, la Chine. Le Département américain de l’énergie a annoncé début mai la construction pour 2021 du superordinateur le plus puissant du monde, fabriqué par Cray, afin de réaliser des avancées dans la recherche sur le nucléaire, notamment.

Les Chinois prévoient, eux, d’avoir leur supercalculateur exascale en 2020 déjà. Les Européens espèrent en avoir deux en 2023. Pour l’instant, la machine la plus puissante sur le Vieux Continent est basée… en Suisse, à Lugano, et c’est justement un Cray. La Chine abrite déjà 227 des ordinateurs les plus puissants du monde, contre 109 pour les Etats-Unis.

L’affaire est donc entendue. Nous sommes dans le domaine le plus sensible, celui des grandes infrastructures supposées assurer l’avancée technologique des grandes puissances. Pourtant, Cray vient d’être racheté cette semaine par HP pour 1,3 milliard de dollars. A peu près le prix d’Instagram lors de son rachat par Facebook en 2012.

Pourquoi un montant si bas pour un actif stratégique? Cette classe de superordinateurs, même si elle permettra encore de réaliser des prouesses, apparaît comme datée. Elle se base sur une conception issue de la physique qui a longtemps dominé ce secteur. Mais depuis l’invention du cloud, cette technologie semble arriver à sa fin. L’innovation vient aujourd’hui de Google, Amazon, Facebook et Microsoft, qui fabriquent elles-mêmes leurs composants et préfèrent les louer plutôt que les vendre.

Dans cette bataille, l’Europe semble perdue. En Suisse, un acteur comme Swisscom – désormais davantage un prestataire informatique qu’un opérateur télécom – n’est pas de taille pour délivrer un outil d’infrastructure de cette ampleur. Au niveau du continent, seules une ou deux firmes jouent un rôle, comme le géant français du cloud computing OVH, par exemple. Quand la classe des ordinateurs Cray aura disparu, les Européens devront-ils compter sur la puissance de calcul des GAFA pour concevoir leurs prochaines inventions?

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