Un rapport épingle les votes de BlackRock dans les assemblées générales

Derrière les grandes déclarations sur le climat, BlackRock peut mieux faire. Largement, selon l’ONG Majority Action qui a scruté les votes des grands gestionnaires d’actifs dans les assemblées générales d’entreprises américaines liées à l’énergie et aux services publics en 2019. Verdict: le groupe, de même que Vanguard, l’autre géant du secteur, «continuent de saper les efforts globaux des investisseurs pour promouvoir une action responsable pour le climat dans les entreprises critiquées [pour réduire les émissions de gaz à effet de serre]», pointe le rapport publié en fin d’année.

En début d’année, Larry Fink, patron de BlackRock, dans sa lettre annuelle aux dirigeants d’entreprise, a pourtant annoncé une «transformation fondamentale du secteur financier». Les investissements durables doivent devenir la «norme» et il se retirera des entreprises tirant plus de 25% de leurs revenus de la production de charbon thermique. Au même moment, la société qui gère quelque 7000 milliards de dollars (6800 milliards de francs) rejoignait l’initiative Climate Action 100 +, un groupe de gérants d’actifs qui poussent les grands pollueurs à réduire leur impact environnemental et à se montrer plus transparents.

Dans une autre lettre aux clients publiée au même moment, BlackRock a en outre expliqué qu’il va utiliser son pouvoir d’actionnaire pour influencer les entreprises dans lesquelles il investit. Un pouvoir largement sous-utilisé jusqu’à présent, si l’on en croit l’étude de Majority Action. BlackRock et Vanguard ont voté pour 99% des dirigeants proposés par les entreprises et 100% des propositions de rémunérations. Les deux sociétés n’ont pas seulement voté plus souvent avec le management que la plupart de leurs pairs, elles ont aussi plus souvent soutenu ces mêmes managements d’entreprises polluantes que ceux de l’ensemble des entreprises américaines, poursuivent les auteurs du rapport. Qui estiment que cet alignement avec les responsables vient d’un conflit d’intérêts: BlackRock et les autres voulant aussi obtenir des mandats pour gérer leurs fonds de pension, ils seraient peu enclins à les fâcher. BlackRock s’est défendu en disant préférer influencer les sociétés en parlant directement avec le management. Majority Action n’est pas convaincu par cet argument, jugeant «cet engagement opaque et manquant de résultats visibles en termes de changement de comportement des entreprises».

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Surtout, BlackRock et Vanguard ont voté de façon massive contre les résolutions liées au climat, toujours selon le rapport. «Au moins 16 résolutions cruciales pour le climat auraient obtenu la majorité si les deux gérants d’actifs avaient voté en leur faveur», déplorent les auteurs. Exemples? L’exigence de plus de transparence dans les efforts de lobbying de Duke Energy, le fournisseur d’énergie le plus important, le plus polluant et qui utilise le plus de charbon aux Etats-Unis. Ou encore, la demande de tenir le conseil d’administration d’ExxonMobil pour responsable de l’échec de l’engagement pour le changement climatique. Une résolution d’ailleurs soutenue par Climate Action 100 +. Dans ce domaine, BlackRock a voté contre toutes les propositions de ce groupe de pression.

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Majority Action a analysé les votes des 25 plus grands gérants d’actifs au monde, représentant un total de 38 000 milliards de dollars. Seul suisse à figurer dans le rapport, UBS a voté en faveur de plus de la moitié des résolutions liées au climat étudiées. Si la banque a presque toujours soutenu les dirigeants proposés à l’élection, elle s’est montrée plus critique sur les rémunérations. 

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