Un laboratoire à Genève prétend révolutionner l’industrie automobile

Dupont a présenté ce vendredi sa nouvelle extrudeuse-souffleuse 3D par aspiration. Une machine dernier cri, pour l’heure existant en un seul exemplaire au monde, dont la prononciation quelque peu ardue cache un concept assez simple: fabriquer des conduits d’air situés sous les capots de voitures et autres durites de turbo, jusqu’à 20% moins chers et 50% plus légers que les modèles actuels.

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L’investissement pour ces trois tonnes de technologie de pointe, fruit de huit ans de recherches avec la société italo-suisse ST Blow Moudling: 1,1 million de francs. «La dépense n’est pas anodine, relève le ministre genevois de l’économie Pierre Maudet. Non seulement elle traduit une étape importante en termes de gains de productivité et d’innovation, mais elle donne aussi un signal extrêmement positif à l’industrie tout entière, taraudée par la cherté du franc.»

Le secteur du transport est le principal marché de la multinationale américaine, dont le centre de recherche à Meyrin est une plaque tournante mondiale en ce qui concerne notamment la production de composants cosmétiques. La voiture et autres vecteurs de mobilité représentent 37% de son chiffre d’affaires, lequel s’est établi l’an passé à plus de 24 milliards de francs, contre près de 35 milliards de ventes en 2013.

Marchand de matières

Parmi les principaux défis des constructeurs: réduire les émissions de CO2. Ce qui passe par des efforts en termes d’amélioration de consommation de carburant et d’aérodynamique des carrosseries. Mais aussi du poids des véhicules. C’est dans ce domaine que peut intervenir DuPont, via son savoir-faire dans le domaine des matériaux plastiques de dernière génération.

Jusqu’ici, les tuyaux que l’on trouve dans les moteurs à explosion – toujours plus compacts et donc équipés de turbocompresseurs exerçant davantage de contrainte sur les durites – étaient principalement en métal. Grâce à sa nouvelle machine, le laboratoire DuPont à Meyrin peut fabriquer des pièces prêtes à l’emploi en Hytrel (élastomère thermoplastique) et en Zytel (nylon haute performance). Soit des moulures d’environ 1 kg, au lieu de 2,4 kg, capables de résister à des pressions extrêmes et des environnements chimiques très contraignants. Dupont peut aussi usiner des soufflets rigides en Vamac (caoutchouc de nouvelle génération), trouvaille brevetée à Genève et permettant aux objets de se plier, sans qu’ils ne se déforment en accordéon sous l’effet de chaleurs intenses.

«Cette machine est la clé de voûte de notre chaîne de valeur, dont fait partie la modélisation 3D, soit une étape permettant de définir le galbe de nos produits et d’en prédire virtuellement le comportement, afin d’en améliorer les limites de vieillissement», se félicite Olivier Magnin, responsable de la technologie au Centre européen de DuPont à Meyrin.

Pionnier, par tradition

A en croire la multinationale américaine, qui emploie à Genève 480 employés pour 53 000 salariés dans le monde, le marché des conduits d’air est en plein essor. Car l’industrie automobile se dote de plus en plus de moteurs turbocompressés – il est prévu d’en fabriquer 100 millions supplémentaires d’ici 2021 – pour satisfaire aux exigences environnementales. DuPont se profile ainsi comme un pionnier dans l’adoption de nouvelles technologies appliquées aux transports, saisissant son bâton de pèlerin pour convaincre les fabricants et les équipementiers (Bosch, Siemens, Valeo, etc.) d’embrasser ses dernières innovations.

Toutefois, malgré ces perspectives commerciales prometteuses, la multinationale américaine à l’origine du bas nylon, des découvertes du Teflon, du Kevlar et du lycra, doit lancer cette année un vaste plan de réduction de coûts. Soit environ 700 millions de francs, ce qui doit notamment passer par la suppression de 10% des effectifs mondiaux. DuPont a par ailleurs fusionné en décembre dernier avec un autre géant de la chimie, Dow Chemical. Objectif: donner naissance, dès fin 2016, à un groupe (DowDuPont) valant près de 130 milliards de francs, dans l’espoir de contrebalancer la chute des prix des matières premières et le ralentissement des grandes économies émergentes (Chine et Brésil) ayant sérieusement entamé la rentabilité du secteur.

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