UBS met la barre moins haut en 2020

Le quatrième trimestre 2019 d’UBS? «Un exercice solide», a assuré Sergio Ermotti, son patron, lors de la publication des résultats mardi. Les marchés en ont fait une autre interprétation, le titre perdant 5% d’emblée. Les trois derniers mois de l’année ont été supérieurs aux attentes – c’était même le meilleur quatrième trimestre depuis 2010 – avec un résultat net de 722 millions de dollars, en hausse de 29%. Mais «ce n’est pas une surprise, souligne Maria Rivas Escrigas, analyste spécialisée dans les institutions financières à l’agence de notation DBRS Morningstar, le quatrième trimestre de l’année précédente ayant été très faible».

Ces chiffres soulignent les défis qui s’imposent pour faire croître les revenus dans la gestion de fortune et la banque d’affaires, malgré les baisses de coûts significatives, poursuit-elle. De même, Loïc Bhend, analyste chez Bordier, à Genève, estime que «ces résultats s’affichent supérieurs aux attentes mais la qualité n’y est pas». L’expert est notamment déçu de la performance de la gestion de fortune. En cause notamment, des retraits de fonds à hauteur de 4,7 milliards de dollars (4,55 milliards de francs). Les marchés aidant, la masse sous gestion totale a néanmoins augmenté à fin décembre, atteignant 2635 milliards. C’est cette division que le transfuge de Credit Suisse, Iqbal Khan doit restructurer conjointement avec Tom Naratil.

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Le résultat de l’ensemble de l’année et les perspectives pour 2020 ont suscité davantage de scepticisme encore. Sur l’année, le bénéfice net de la plus grande banque suisse a reculé de 4,7% à 4,3 milliards de dollars. Elle blâme les taux d’intérêt négatifs qui continuent de raboter ses marges. Maria Rivas Escrigas nuance: par rapport aux banques de détail européennes, UBS devrait moins souffrir des taux bas grâce à sa présence globale.

«C’est moins flamboyant que les résultats des banques américaines de la semaine dernière», souligne Loïc Bhend dans une note. JP Morgan, par exemple, a battu tous ses records l’an dernier, affichant un bénéfice net de 36 milliards. Aucun établissement n’a jamais publié un tel profit. Maria Rivas Escrigas rappelle que les banques américaines ont surperformé leurs pairs européens pendant toute l’année en raison de leur modèle d’affaires différents basé sur un marché intérieur en bonne santé.

«Manque d’ambition»

Surtout, «le groupe a annoncé des objectifs 2020-2022 manquant un peu d’ambition. C’est la principale raison de la déception d’aujourd’hui», juge encore Loïc Bhend, tout en considérant la réaction des marchés comme «épidermique et excessive», car les «perspectives sont encourageantes à court et moyen terme et les objectifs (raisonnables) du groupe malgré tout supérieurs aux attentes». Reste le dividende, 0,73 dollar, légèrement inférieur aux attentes, tout comme le rachat d’actions qui devrait atteindre 800 millions, contre un milliard, prévu initialement. Le dividende devrait être augmenté d’un cent chaque année.

Andreas Venditti est plus positif. L’analyste de la banque Vontobel estime qu’UBS s’est désormais mis des objectifs financiers «plus réalistes» de 10 à 15% de croissance des bénéfices par année. Mardi, la banque a revu ses objectifs de rentabilité en général. Elle vise un rendement des fonds propres de 12 à 15% ces trois prochaines années, alors qu’elle pensait atteindre 17% pour 2021 jusqu’ici. En 2019, elle a enregistré 12,4% de rendement.

Les résultats 2020 seront gonflés par la vente d’une participation dans Fondcenter à Clearstream, une filiale de Deutsche Börse. UBS s’attend à encaisser 600 millions de dollars en échange de 51% des parts.

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