Toutes les pièces de 5 francs ne valent pas 5 francs

Nul besoin d’avoir l’expérience d’un numismate. Si votre portefeuille ou votre tirelire contient des pièces de 5 francs datées des années 1991 ou 1993, il y a de fortes chances pour que ce soient des fausses.

En raison du nombre important de fausses pièces décelées pour ces deux années, son émetteur, Swissmint, a renoncé à les mettre en circulation, se limitant à les laisser à disposition du public sous la forme d’échantillons pour les collectionneurs, les «jeux de monnaies».

Ainsi, seulement 36 000 exemplaires de 1991 (sur 544 000 prévus) et 22 000 de 1993 (sur plus de 5 millions) ont effectivement été mis en circulation. Voilà pourquoi «ces deux millésimes sont plus chers que les autres», complète Johannes Müller. Sur son site, Monnaiesuisse.ch, leur prix est à 175 francs, contre 50 francs pour la pièce de 1992.

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Sur cette plateforme, Johannes Müller répertorie et classe toutes les pièces pour les collectionneurs. Un catalogue de milliers de pièces, d’écus et de billets est proposé à la vente. Car ce n’est pas un hobby. Actif depuis trente ans dans ce négoce, il a créé son site en 2012 et vient de fonder une société anonyme avec son épouse et ses deux fils.

Environ 10 000 francs

Si les fausses pièces ne valent rien, il y en aussi qui valent bien plus que 5 francs. Le millésime de 1855, par exemple, qui célèbre la Fête fédérale de lutte à Soleure, est proposé à 10 000 francs, dans sa version Fleur de Coin – une pièce complètement neuve et qui n’a jamais circulé. Sa version normale vaut, elle, 1250 francs.

Des thunes en tout genre, Johannes Müller en a «des milliers» en stock. Il ne dira pas combien exactement. Secret d’entreprise. Mais il insiste: ce qui le démarque de grands sites généralistes type eBay ou Ricardo, c’est justement cette immense disponibilité. Mais aussi l’importante quantité d’informations et ces milliers d’images qui sont accessibles sur son site, sur lequel il revendique 2 millions de visites chaque année. «C’est ainsi que l’on se différencie des autres revendeurs spécialisés. Et c’est aussi pour ça que nous sommes les mieux référencés.»

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Dans l’univers de la numismatique, c’est surtout le rare et le neuf qui sont recherchés. Il y a aussi ceux qui cherchent à aligner toutes les années. Mais une minorité de collectionneurs – environ 5% d’entre eux, estime Johannes Müller – recherchent les erreurs de frappe.

Elles ne sont pas si rares et seraient même de plus en plus fréquentes. Mais elles sont encore suffisamment particulières pour accroître la valeur des pièces qui en sont les victimes. Sur Monnaiesuisse.ch, on apprend par exemple que les thunes frappées en 1953 ont un défaut qui vaut cher: le motif du côté face (avers, en langage numismatique) est décalé de 75% par rapport à celui du côté revers. Ces pièces peuvent valoir jusqu’à 2500 francs, en fonction de leur degré de conservation. C’est 40 à 50 fois plus cher qu’une même pièce correctement fabriquée.

Environ 30 centimes

Parmi les autres erreurs de l’histoire de la frappe de monnaie helvétique, un certain nombre (inconnu) de pièces de 5 francs produites en 2012 sont plus épaisses qu’elles ne devraient l’être. Un problème? Non, cette originalité millimétrique demeure dans les limites du tolérable, avait répondu, non sans un certain embarras, la Banque nationale suisse et Swissmint en 2013. Ces pièces n’ont pas plus de valeur que les autres, avait-on aussi assuré.

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Il y a donc aussi des pièces de 5 francs qui valent 5 francs. Et ce même si, nous confie encore Swissmint, l’objet dans sa version 2019 coûte, matériaux et fabrication compris, entre 31 et 36 centimes pièce.

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