Toute la Suisse gagnerait à la hausse des taux

Mathias Binswanger, troisième économiste le plus influent du pays selon le classement de la NZZ, ne croit pas que si les taux d’intérêt pour les prêts aux entreprises augmentent, les investissements de ces dernières seraient très différents. «Qu’ils soient à 1% ou à 3% ne change presque rien», a-t-il déclaré jeudi à Bâle lors d’une conférence sur les gagnants et les perdants d’un resserrement monétaire.

De l’avis de ce professeur à la haute école spécialisée d’Olten, «la politique monétaire est basée sur une fiction. Il n’y a pas d’inflation. Ce sont d’autres prix que ceux des produits qui augmentent, notamment ceux de l’immobilier.» Une hausse des taux aurait, par contre, un fort impact sur le marché hypothécaire. La demande de prêts diminuerait.

Taux négatifs encore deux ans

Sous l’impulsion des Etats-Unis, l’économie mondiale croît significativement. Le produit intérieur brut suisse devrait progresser de 1,6% l’an prochain, contre 3% en 2018, prévoit Martin Eichler, chef économiste du BAK. Cette progression permettra d’augmenter les taux d’intérêt. La hausse sera très lente. Les taux directeurs de la BNS resteront négatifs jusqu’en 2021 et les rendements des obligations de la Confédération ne passeront au-dessus de 1% également que dans deux ans. Les Etats-Unis auront alors entièrement normalisé leur politique monétaire, selon Martin Eichler. Les taux directeurs seront à 3% dès 2020.

La transition peut être douloureuse. Le passage d’une obligation de 0 à 1% produit une baisse de cours de 10%, rappelle Felix Brill, directeur des investissements auprès de VP Bank.

Les caisses de pension sont les principales bénéficiaires du changement de politique monétaire et de taux d’intérêt plus élevés, promet Martin Eichler. Les instituts de prévoyance souffrent des taux négatifs, des rendements modestes sur les placements et de l’augmentation de l’espérance de vie. Si leur santé s’améliore, c’est un segment significatif de l’économie qui progresse. Les caisses de pension couvrent 1,1 million d’assurés, mais aussi, à travers leurs 824 milliards de francs de placement, contribuent largement au financement de l’économie, selon le BAK.

Les caisses de pension souffrent certes de l’arrivée à la retraite de la génération des baby-boomers. Mais avec la diminution de l’épargne due à la moindre part des actifs dans l’économie, les taux d’intérêt seront poussés à la hausse, selon le BAK. En Chine également, depuis 2015 un revirement démographique s’est produit, qui ne sera pas sans effet sur les taux d’intérêt.

Effet positif sur l’immobilier

D’une manière générale, «toute la Suisse profiterait d’une normalisation», parce que des taux d’intérêt plus élevés signifieraient que l’économie se porte bien, selon Martin Eichler.

Pour l’industrie d’exportation, le changement de politique monétaire est positif s’il traduit une augmentation de la demande, même si les frais de financement s’accroissent également. Mais l’étendue de l’impact final dépend aussi de l’évolution des taux de change.

Dans l’immobilier, selon Martin Eichler, les propriétaires profiteraient d’une normalisation monétaire si elle épousait la croissance de la demande et si l’inflation devait également se manifester. Les banques assisteraient, elles, à une augmentation de leurs marges d’intérêt.

Un sondage auprès des quelque 100 participants à la conférence signale une divergence majeure avec les experts. Près des deux tiers s’attendent à des effets secondaires très négatifs, soit en termes de choc immobilier ou inflationniste, après les nombreuses années d’assouplissement des politiques monétaires.

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