Tidjane Thiam part en se lançant des fleurs

Rarement annonce de résultats avait suscité pareille attente. Quelle attitude allait adopter Tidjane Thiam, une semaine après avoir été sèchement poussé à la démission à la suite du scandale des filatures? Directeur général de Credit Suisse pour encore un jour, le banquier déchu s’est présenté jeudi devant les médias, à Zurich, avec un petit sourire en coin. Lui qui tenait à défendre les résultats annuels une dernière fois n’a pas boudé son plaisir, transformant l’exercice en exposé des succès acquis au terme de ses cinq années à la tête du numéro deux bancaire helvétique. Tout cela devant le regard de son successeur, Thomas Gottstein, actuel directeur de la division suisse de la banque.

Credit Suisse boucle 2019 sur un bénéfice de 3,42 milliards de francs, ce qui représente un bond de 69% par rapport à l’année dernière. «Nous avons amélioré notre performance de manière significative au cours des cinq dernières années», s’est félicité Tidjane Thiam, revenant sur les efforts de restructuration et le repositionnement de la banque dans la gestion de fortune. Il a aussi salué les résultats «solides» affichés au premier trimestre de 2020 dans tous les secteurs d’activité de la banque. «C’est la première fois au cours de mon mandat que je peux m’en prévaloir. Et c’était mon objectif en commençant.» Le banquier s’en va avec le sentiment du devoir accompli.

«C’est la vie»

Si Tidjane Thiam nourrit de l’amertume, il n’en a rien laissé paraître, faisant plus que bonne figure face aux journalistes, n’esquivant pas les questions et lâchant même par moments des éclats de rire.

Sans s’attarder sur le sujet, il a réitéré ses regrets sur l’affaire des filatures ayant précipité son départ. Une enquête externe commanditée par Credit Suisse a conclu qu’il n’avait eu aucune connaissance de l’opération de surveillance de son ancien chef de la gestion de fortune, Iqbal Khan, parti rejoindre la rivale UBS. Alors pourquoi, dans un contexte de bons résultats pour la banque, avoir présenté sa démission? «Le conseil d’administration en a décidé ainsi. C’est mon devoir d’obéir. Et je le fais avec la conscience tranquille», a-t-il déclaré.

Interrogé sur le fait que son style managérial n’aurait pas été adapté à la place financière helvétique, le Franco-Ivoirien, ancien ministre en Côte d’Ivoire formé dans les plus grandes écoles françaises, a reconnu: «En Suisse, les avis sont partagés à mon égard. C’est la vie. Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai fait du mieux que j’ai pu. Je ne peux pas changer qui je suis.» Ces dernières semaines, la presse a rapporté que le banquier aurait ressenti un traitement différencié dans les médias à son égard en raison de ses origines.

Instagram, ce n’est pas lui

Tidjane Thiam a profité de l’occasion pour démentir des révélations à son sujet, comme son supposé penchant pour les hélicoptères ou encore le fait qu’il aurait demandé à Iqbal Khan de dégoter des renseignements incriminants sur un cadre. Cette dernière information avait été rapportée par la «NZZ». Tidjane Thiam était sorti de sa réserve pour la réfuter sur Instagram. «Il y a eu beaucoup d’accusations, mais certaines dépassaient vraiment les limites.»

Son usage du réseau social n’est pas passé inaperçu, en particulier cette image mise en ligne il y a dix jours, alors qu’il était en pleine tourmente, et qui lui aurait valu des critiques. On le voit tout sourire, entouré de son équipe. Les personnes présentes sur la photo auraient peu apprécié d’être ainsi instrumentalisées. Tidjane Thiam assure qu’il s’agissait d’une opération de communication officielle. «Je ne sais même pas comment poster sur Instagram. Tout ce qui a été publié l’a été par mon service de presse.»

Tidjane Thiam n’a pas manqué de couvrir Thomas Gottstein de louanges. Ni de rappeler que c’est lui qui l’avait «promu» à la tête de la division suisse de Credit Suisse. Dans un style totalement différent, œil rivé sur ses fiches, le futur directeur général avait auparavant rendu hommage à Thiam, soulignant notamment le professionnalisme d’un CEO «inspirant». «Au niveau personnel, je peux dire qu’il s’agit aussi d’un ami, même s’il est fan d’Arsenal», s’est-il amusé.

Ce vendredi signe le dernier jour de Tidjane Thiam comme directeur général de Credit Suisse. Et après? Il est resté évasif. «J’ai travaillé cinq ans pour cette banque, ce n’est pas rien. Je vais prendre un peu de repos, passer du temps avec ma famille. Et puis on verra.»

Créé: 13.02.2020, 20h09

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