Thierry Bolloré va assurer l’intérim de Carlos Ghosn chez Renault

Le conseil d’administration de Renault a désigné dans la soirée de mardi 20 novembre le numéro deux de l’entreprise Thierry Bolloré pour assurer l’intérim de Carlos Ghosn, qui reste PDG malgré son arrestation au Japon sur des soupçons de malversation, sur fond d’interrogations quant à l’avenir de l’alliance avec Nissan et Mitsubishi.

Thierry Bolloré, 55 ans, que Carlos Ghosn avait choisi comme bras droit en février dernier, s’est vu confier «à titre provisoire» la direction exécutive du groupe et disposera donc des «mêmes pouvoirs» que le PDG, qui demeure à son poste mais dont le conseil n’a pu que constater qu’il était «temporairement empêché».

Le conseil a aussi indiqué qu’il se «réunira(it) régulièrement, sous la présidence de l’administrateur référent» Philippe Lagayette, «pour préserver les intérêts de Renault et assurer la pérennité de l’Alliance» avec les constructeurs japonais Nissan et Mitsubishi.

Sans surprise

Cette nomination sans surprise de Thierry Bolloré épouse le souhait énoncé plus tôt mardi par le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire de mettre immédiatement en place un intérim à la tête du constructeur dont l’État détient 15% du capital.

Si Carlos Ghosn garde pour l’instant formellement son poste chez Renault, le conseil d’administration de Nissan se prononcera lui, sur le limogeage de son président jeudi matin. Mitsubishi Motors (MMC) entend également le «démettre rapidement».

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Lâché de toutes parts, Carlos Ghosn, considéré à 64 ans comme un des plus puissants capitaines d’industrie au monde, est toujours détenu à Tokyo, où il a été arrêté lundi en descendant de son jet privé.  Le parquet japonais reproche au Franco-libano-brésilien d’avoir «conspiré pour minimiser sa rétribution à cinq reprises entre juin 2011 et juin 2015», en ne déclarant que 4,9 milliards de yens (environ 37 millions d’euros) contre près de 10 milliards de yens sur la période.

Le tribunal de Tokyo a approuvé mercredi la prolongation de sa garde à vue pour une durée de 10 jours supplémentaires, ont rapporté mercredi les médias japonais.

Rémunération polémique

Dans une conférence de presse d’une brutalité hors du commun, le président exécutif de Nissan Hiroto Saikawa a également mentionné lundi «de nombreuses autres malversations, telles que l’utilisation de biens de l’entreprise à des fins personnelles», qui auraient été découvertes après plusieurs mois d’enquête interne. Carlos Ghosn aurait en outre, selon la chaîne publique NHK, empoché des sommes déclarées au nom d’autres administrateurs.

Mardi soir, le conseil d’administration de Renault a demandé à Nissan «de lui transmettre l’ensemble des informations en sa possession dans le cadre des investigations internes dont Carlos Ghosn a fait l’objet», disant ne pas être «en mesure de se prononcer sur les éléments dont disposeraient Nissan et les autorités judiciaires japonaises à l’encontre de M. Ghosn».

La rémunération de ce patron aussi puissant que secret a déjà donné lieu à bien des polémiques, tandis que son train de vie a également pu susciter des commentaires, à l’image par exemple de sa réception de mariage en grande pompe au château de Versailles en 2016. Carlos Ghosn touchait quelque 15 millions d’euros par an au titre de ses diverses fonctions, un montant particulièrement élevé pour un industriel européen ou japonais, bien que très éloigné des faramineux salaires versés par exemple dans la finance aux États-Unis.

Fragile équilibre

Au-delà du sort personnel de Carlos Ghosn, c’est toute l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, dont il orchestrait le fragile équilibre, qui tangue à la suite de ce coup de tonnerre. L’affaire survient au moment où le PDG de l’ensemble aux 10,6 millions de véhicules travaillait, selon le Financial Times, à une fusion entre Renault et Nissan, une opération que le constructeur japonais rejetait et cherchait à bloquer de crainte qu’elle ne grave dans le marbre son statut de «second ordre» dans la structure, toujours selon le quotidien.

Carlos Ghosn voulait rendre les liens «irréversibles» entre Renault et Nissan, a commenté dans une note Kentaro Harada, analyste chez SMBC Nikko Securities. «Nous ne pouvons pas exclure la possibilité que l’alliance se retrouve affaiblie». «Cela va-t-il changer l’équilibre du pouvoir (entre les parties française et japonaise), c’est la principale question», souligne-t-il.

L’agence de notation Standard and Poor’s a d’ailleurs annoncé mardi qu’elle envisageait de baisser la note de la dette à long terme de Nissan, en raison en particulier des doutes autour de ce mariage à trois. Mardi soir, le conseil d’administration de Renault a dit partager «le soutien exprimé par la direction de Nissan au développement de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, qui reste la priorité du Groupe». De même, les gouvernements français et japonais ont réaffirmé mardi dans un communiqué commun leur «important soutien» à cette alliance.

A Paris, le titre Renault a terminé mardi sur un recul de 1,19%, après avoir déjà dévissé de plus de 8% lundi. Les actions des constructeurs japonais ont souffert mardi à Tokyo, terminant en baisse de 5,45% pour Nissan et de 6,84% pour MMC.

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