Tesla suscite enthousiasme et critiques en Allemagne

Même Peter Altmaier semblait surpris mardi. Devant la presse, le ministre allemand de l’Economie s’est littéralement enthousiasmé de l’annonce faite, quelques minutes plus tôt, par Elon Musk. Le patron du groupe automobile américain Tesla a suscité l’étonnement non seulement en participant, à la dernière minute, à une conférence virtuelle sur les batteries électriques, mais en annonçant vouloir construire «la plus grosse usine de batteries électriques du monde» sur le site de Grünheide, à l’est de Berlin, là où il construit actuellement une «gigafactory» de voitures électriques. Si le projet d’une production locale de cellules électriques était déjà connu, le superlatif employé mardi était, lui, inattendu. D’où le sourire radieux de Peter Altmaier qui a confirmé «des subventions considérables» pour consolider le projet. «Les investissements de Tesla sont très importants pour l’Europe des batteries», a résumé le ministre.

L’enthousiasme des dirigeants politiques allemands en direction de Tesla est quasiment sans faille, comme le prouve chacune des visites – presque toutes surprises – effectuées par Elon Musk à Berlin. Les portes des ministères s’ouvrent devant lui comme par magie. Au niveau des autorités locales du Brandebourg, l’implantation de la gigafactory à Grünheide est perçue comme un don du ciel alors que la région doit gérer la sortie du charbon et la désindustrialisation qui va avec.

Accusé de refuser le dialogue

Du côté du secteur automobile allemand, en revanche, c’est la gueule de bois. Le puissant syndicat IG Metall reproche au géant américain son refus de mettre en place les instruments de cogestion, habituels dans la branche du secteur automobile. Rien toutefois ne l’y oblige, la future usine ayant été créée sous le statut de société européenne (SE). Le syndicat, suivi par certains députés, reproche par ailleurs au géant américain de cultiver le secret et de refuser le dialogue.

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Même s’ils ne l’avouent pas officiellement, les constructeurs allemands aussi s’inquiètent, non seulement de la concurrence de Tesla sur les ventes de véhicules électriques mais aussi sur leurs propres salariés. Car Elon Musk recrute à tour de bras et est même venu en personne faire passer certains entretiens. Ingénieurs, techniciens, employés du bâtiment, avec ou sans formation, presque tous les métiers sont demandés. Et vite, car le temps presse. Tesla souhaite lancer la production de voitures, l’été prochain, avec 14 000 salariés au départ, et 40 000 à terme. Dans un pays où le manque de main-d’œuvre spécialisée est une réalité, la concurrence de Tesla rehausse la pression. L’annonce récente du transfert d’un manager de Mercedes vers Tesla a révélé ces tensions au grand jour. «Avec de tels managers sans scrupule, nous ne pourrons pas construire l’avenir de l’industrie automobile allemande», s’est enflammé Jan Otto, le chef d’IG Metall à Berlin.

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