Teodorin Obiang retrouve sa Koenigsegg

Il roule dans les rues de Malabo et publie les images sur son compte Instagram. Teodorin Obiang est de sortie ce samedi 22 février, avec la Koenigsegg One:1, bleue et noire avec un intérieur en cuir beige. Celle-là même qui a été vendue aux enchères le 29 septembre à un mystérieux acheteur dans le domaine de Bonmont, sur les hauteurs de Nyon. Un modèle comme il en existe en six exemplaires, mais avec ces couleurs, il est unique.

Ce jour-là, 25 voitures sont proposées aux enchères par la maison Bonhams et le canton de Genève. Des bolides rares qui avaient appartenu à la Guinée équatoriale avant d’être séquestrés par la justice genevoise, qui y voyait le produit d’un blanchiment d’argent. Le Ministère public ne parvient pas à prouver ses soupçons, en partie parce que les voitures sont officiellement la propriété de cet Etat africain et non de la famille Obiang, au pouvoir depuis une cinquantaine d’années.

La justice classe son instruction en février 2019 et annonce avoir trouvé un accord avec le clan Obiang: les voitures sont confisquées et elles seront mises aux enchères au profit d’une œuvre sociale en Guinée équatoriale.

Le mystérieux numéro 40

Le 29 septembre, les 25 véhicules s’écoulent pour 23,4 millions de francs. Une Lamborghini Veneno part pour 8,2 millions, la Koenigsegg pour 4,6 millions. Le numéro 40 acquiert les deux lots. Le 40? Celui derrière lequel se cache un marchand allemand spécialisé dans les ventes de supercars. A vrai dire, il achète à peu près la moitié des véhicules ce jour-là.

Au point d’alimenter des rumeurs dans l’abbaye de Bonmont où se déroulent les enchères: le 40 ne travaillerait-il pas pour Obiang? Après tout, ce dernier s’était in fine opposé à la vente, mais sa requête en justice n’a pas abouti. Teodorin aurait-il racheté ses jouets? L’Etat assure que non, la maison Bonhams ne commente pas.

Après la vente, les voitures partent en Suisse alémanique où elles restent deux mois dans un garage près de Berne. Selon nos informations, les paiements sont problématiques: le canton de Genève commence par recevoir 5% de la somme, qui ne vient pas de l’acheteur mais d’un compte au Monténégro. L’Etat fait annuler la transaction.

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Racheter ses propres véhicules?

Que s’est-il passé ensuite? Nous l’ignorons, mais les voitures – 13 bolides – finissent par quitter la Suisse, le 3 décembre, à bord d’un avion-cargo, de Kloten à Dubaï, où se trouve un partenaire du marchand allemand. Ce dernier fait d’ailleurs livrer une autre voiture – une Pagani Roadster pour 2 millions d’euros – à Malabo, qui apparaît sur le compte Instagram de Teodorin fin décembre.

A Dubaï, les 13 véhicules seraient restés dans un hangar, sous douane, à l’aéroport. On perd ensuite leur trace, jusqu’à ce fameux 22 février où l’on retrouve la Koenigsegg. Les 12 autres véhicules apparaîtront-ils aussi sur le compte du vice-président Obiang? On ignore s’ils demeurent dans les Emirats et qui est leur propriétaire officiel.

Racheter ses propres véhicules? «Ce serait un sacré pied de nez à la justice genevoise, qui n’a pas réussi à le faire condamner», selon un observateur. Mais aussi aux juges français: au début du mois, la Cour d’appel de Paris a condamné Teodorin à 3 ans de prison avec sursis et 30 millions d’euros d’amende pour s’être frauduleusement bâti un patrimoine considérable dans l’Hexagone. La semaine dernière, Malabo a saisi la Cour internationale de justice et ses avocats ont plaidé l’affaire à La Haye. Ils accusent la France de violer une convention sur les relations diplomatiques.

Questions ouvertes

«En cautionnant la vente ou en n’en contrôlant pas suffisamment le déroulement, le canton n’aurait-il pas sans s’en rendre compte participé à une infraction vu qu’il a réceptionné de l’argent probablement issu d’une infraction?» s’interroge un avocat à Genève.

Est-ce que cela ne pose pas un problème au canton que le client soit Teodorin Obiang? Ne contrôle-t-il pas l’origine des fonds? «De manière générale, quand un objet est confisqué et réalisé sur décision de l’autorité judiciaire pénale, par exemple au profit des victimes, il n’y a aucune règle qui permette d’éviter que cet objet soit, ultérieurement, acquis par une partie à la procédure», se contente de répondre un porte-parole du pouvoir judiciaire genevois. La maison Bonhams n’a pas répondu à nos questions.

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