Spiderman au cœur d’un bras de fer à Hollywood

À la fin de juillet, «Spider-Man: Far from Home» franchissait le seuil symbolique du milliard de dollars de recettes. En plus d’être le film le plus rentable de tous ceux ayant eu en vedette l’homme-araignée au cours des vingt dernières années, il permet à Sony, dont les studios sont à l’origine du film, de battre le record financier atteint par «Skyfall» (dernier James Bond) en 2012.

Les chances étaient donc grandes pour qu’un nouveau volet voie le jour dans un avenir proche. Du moins jusqu’à mardi soir. Un article publié sur le site Deadlines annonce que Sony a rompu son alliance avec un autre géant du divertissement: The Walt Disney Company. Pour les fans du super-héros new-yorkais, c’est la douche froide.

Mais que vient faire la firme de Mickey Mouse dans cette histoire? En fait, depuis dix ans, contre un chèque de 4 milliards de dollars, Disney est devenu l’heureux propriétaire du catalogue de super-héros estampillés Marvel. Enfin, de presque tout le catalogue, puisque certaines franchises avaient été soldées par le producteur de comics à des studios concurrents vers la fin des années 1990. Un moyen pour Marvel d’échapper alors à la faillite.

Comme les X-Men ou Les Quatre Fantastiques, Spider-Man fait partie des personnages revendus vingt ans plus tôt. Depuis 1999, c’est Sony Pictures qui se charge d’exploiter les droits sur grand écran du super-héros. Pour pouvoir l’intégrer dans sa grande fresque cinématographique composant le MCU (Marvel Cinematic Universe), Disney signe en 2015 un accord avec son concurrent à Hollywood.

Dès l’année suivante, joué par Tom Holland, Spider-Man peut rejoindre le casting de «Captain America: Civil War». En tout, l’homme araignée est apparu dans cinq films de la saga, dont deux qui lui ont été entièrement consacrés.

Quelle part du gâteau?

Pour convaincre Sony de lui prêter son personnage, Disney a toutefois dû accepter de non seulement laisser son concurrent gérer la production et la distribution des deux volets consacrés à Spider-Man, mais aussi de se contenter de 5% des recettes. Les revenus faramineux du dernier film lui ont définitivement fait comprendre qu’il avait sous-estimé le potentiel du super-héros en salle. Depuis des mois, Disney tenterait désespérément de renégocier les clauses de cet accord afin d’obtenir une plus grosse part du gâteau.

Selon la presse américaine, le géant du divertissement souhaite désormais cofinancer et coproduire les prochains films dans le but de partager, à parts égales, les futures recettes. Sans trop de surprise, cette idée n’était pas au goût de Tony Vinciquerra, CEO de Sony, ni de son président Tom Rothman.

Négociations pas terminées

Au vu du tollé survenu sur les réseaux sociaux suite à l’annonce de leur divorce et des milliards en jeu, les deux studios hollywoodiens pourraient revenir sur leur décision. Les allusions de Sony sur Twitter, notamment, ont laissé penser que la porte entre les deux studios concurrents n’était pas totalement fermée.

Sur «Variety», une source interne évoquait par ailleurs de nouveaux pourparlers dans les jours à venir. Sans cela, les groupes pourraient en ressortir tous les deux perdants, avec d’un côté Sony Pictures contraint de relancer une quatrième fois les aventures de son super-héros et de l’autre Marvel obligé de revoir sa saga avec le risque de nombreuses incohérences scénaristiques.

Alors que le géant du divertissement vient d’aligner plus de 70 milliards pour acheter 21st Century Fox et reprendre en mains la destinée des X-Men ou des Quatre Fantastiques, la perte de la franchise Spider-Man serait d’autant plus regrettable.

monchange.ch