Sortir l’Italie de la récession, une gageure

L’Italie est entrée en récession et cela n’est pas anodin. Ça l’est encore moins à la lumière des indicateurs économiques avancés qui ne tendent guère vers un redressement rapide. Elle apparaît dès lors comme le maillon faible de la zone euro.

Pour Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international (FMI), la situation est encore plus grave: «La politique gouvernementale [italienne] rend le pays vulnérable à une nouvelle crise de confiance. En cas de nouveau stress, la Péninsule représente un risque pour l’ensemble de l’économie mondiale, pouvant plonger les marchés financiers dans des territoires inconnus.» En effet. Personne n’a oublié l’affolement des marchés financiers lorsque le bras de fer était engagé l’an dernier entre Rome et Bruxelles au sujet du budget italien 2019.

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Le FMI a parlé de la régression italienne mercredi dernier. Le gendarme de l’économie mondiale anticipe une croissance de 0,6% du produit intérieur brut (PIB) pour 2019 et de 0,9% pour 2020 pour la troisième puissance économique de la zone euro. Dans un scénario catastrophe, la récession se prolongerait voire s’aggraverait.

Une croissance anémique depuis 2013

Le pays a déjà traversé une contraction en 2012-2013 et n’a depuis connu qu’une croissance anémique. Résultat: le taux de chômage est de 10,3% alors que la moyenne dans la zone euro est descendue à 7,9%. Pour les jeunes entre 17 et 24 ans, il est de 31,9%, soit près du double du taux européen. Ces dernières années, des milliers de jeunes Italiens, principalement des talents, ont émigré à la recherche d’emplois en Allemagne ou en Suisse. Pour un pays où le vieillissement de la population est plus rapide que dans les autres pays européens, c’est un coup dur.

La théorie économique classique voudrait que le redressement passe par des réformes structurelles et une trajectoire de réduction de l’endettement italien – 132% du PIB, le deuxième plus important de la zone euro, derrière la Grèce. Mais le gouvernement de coalition formé de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), lui, prône une tout autre direction. Et les mesures qu’il a promises durant la campagne – augmentation des retraites, revenu minimum pour les plus démunis – ne feront qu’aggraver l’endettement.

Et encore: Rome s’accroche à ses mesures populistes

La semaine passée, le vice-premier ministre et chef du M5S, Luigi Di Maio, a défendu le choix populiste du gouvernement par l’insulte: «Nous donnerons tort au FMI qui a affamé les peuples pendant des décennies.» L’an dernier, Rome avait pourtant fini par céder aux règles communautaires en matière de déficit mais, apparemment, il tient à une politique de largesses qui mène à l’endettement.

Les mesures populistes de Rome

En soi, l’endettement n’est pas un problème. Qu’il ait lieu au sein d’un ménage ou d’un Etat, il permet d’acquérir des biens et des services que l’on ne peut pas se payer avec un budget équilibré. Mais pour l’Italie, la difficulté principale demeure dans la faible croissance, qui rend le remboursement difficile.

Il faut dire que l’Italie ne peut pas connaître un regain d’activité dans une zone euro qui tourne elle-même au ralenti. La semaine passée, la Commission européenne a baissé ses prévisions de croissance pour 2019, à 1,3% contre 1,9% selon les prévisions d’automne. Le coup de frein pour l’Italie est encore plus radical. Elle table désormais sur une hausse du PIB de 0,2% en 2019, contre 1,2% prévu initialement. Il reste à voir comment les dépenses publiques «keynésiennes» peuvent donner un coup de fouet à la demande intérieure.

L’analyse de Sabrina Khanniche, économiste senior et spécialiste de la zone euro chez Pictet Asset Management à Genève, pointe dans la même direction. «L’Italie est une petite bombe à retardement, dit-elle. Une croissance négative, un secteur bancaire faible peuvent conduire à une hausse des taux de crédit et réduire les ressources disponibles pour s’attaquer aux problèmes structurels du déficit budgétaire et de la dette.» Il est bien entendu toujours plus facile d’entrer en récession que d’en sortir…

Le rôle prépondérant des PME italiennes

Sabrina Khanniche fait remarquer qu’en Italie la contribution des petites et moyennes entreprises dans l’économie est prépondérante. «Elles ne peuvent se financer que par le crédit bancaire, relève-t-elle. A présent, le crédit est déprimé et les conditions de financement qui se durcissent ne sont pas de bon augure pour la croissance.»

Il y a aussi les incertitudes qui peuvent encore boucher l’horizon. Au niveau national, la coalition gouvernementale italienne montre des fissures et des élections anticipées ne peuvent être exclues. Sur le plan international, la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, si elle se prolongeait, pénaliserait l’ensemble de l’économie mondiale. L’Italie, bien sûr, ne ferait pas exception, ce qui aggraverait encore sa situation.

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