Slack, l’application qui veut remplacer les e-mails dans les entreprises

Quarante-cinq ans après leur création, les e-mails n’ont plus vraiment la cote. Dans la Silicon Valley, la start-up Slack tire profit de ce désamour. Lancée en 2013, elle propose aux entreprises de remplacer les courriers électroniques par une plate-forme de communications internes, simple dans son design mais disposant de multiples fonctionnalités pour améliorer la collaboration entre les salariés.

«Dans cinq ou dix ans, tout le monde utilisera Slack ou quelque chose de similaire en interne», prédit Stewart Butterfield, le cofondateur et directeur général de la société de San Francisco, interrogé par le Wall Street Journal. Cette dernière compte désormais 2,7 millions d’utilisateurs. Et elle affiche une croissance rapide: il y a un an, elle n’avait conquis que 750 000 adeptes.

Le département d’Etat américain, la NASA, Wal-Mart, Comcast, le New York Times et de nombreuses start-up se servent de Slack. Le service de base est accessible gratuitement. Mais deux options payantes sont proposées (6,67 et 12,50 dollars par mois et par utilisateur). Une troisième option, à 32 dollars, doit être lancée cette année à destination des très grandes entreprises.

Plusieurs concurrents

Slack n’est pas la seule entreprise sur ce segment, sur lequel sont également présents Yammer, racheté en 2012 par Microsoft, ou encore HipChat, service de la société australienne Atlassian. L’entreprise a acquis ses lettres de noblesse grâce à son apparence épurée et à sa simplicité d’utilisation. «Les gens qui l’utilisent disent souvent que c’est «fun», qu’ils n’ont pas l’impression d’être au travail», avance Andrew Wilkinson, fondateur de MetaLab, la société qui a conçu le design de Slack.

La plate-forme prend la forme d’une application disponible sur PC et sur mobile. Elle permet d’envoyer des messages entre collègues et surtout de créer des «chaînes» de discussions, publiques ou privées. Plus besoin d’échanger d’innombrables e-mails, de mettre en copie des destinataires, de transmettre des messages, d’ajouter des pièces jointes… Selon une étude menée auprès des utilisateurs, Slack permettrait de réduire de moitié le nombre d’e-mails envoyés – ces derniers restent nécessaires pour communiquer avec l’extérieur. Et d’un quart le nombre de réunions.

Appels audio et vidéo

Toutes les communications et les documents sont ainsi regroupés au même endroit. Et accessibles à tous. Les utilisateurs peuvent s’abonner à une chaîne afin de recevoir des notifications à chaque nouveau message. «Quand des équipes utilisent Slack, tout le monde peut voir ce qui se passe dans l’entreprise, explique Stewart Butterfield. Les ingénieurs peuvent consulter les prochains projets des designers. Les équipes marketing peuvent voir les discussions des équipes commerciales». Objectif: améliorer la transparence et favoriser la collaboration entre les différentes équipes.

Slack a récemment ajouté la possibilité de réaliser des appels audio et vidéo. La plate-forme propose aussi un puissant moteur de recherche, qui permet de retrouver une conversation ou un document par mot-clé, auteur ou date. Enfin, elle est ouverte aux services extérieurs: plus de 300 applications peuvent être installées pour ajouter de nouvelles fonctionnalités. Certaines reposent sur des «bots», de petits programmes informatiques capables de tenir une conversation.

Financé par Google

Depuis sa création, l’entreprise a levé 540 millions de dollars auprès d’investisseurs prestigieux, comme Google Ventures, Kleiner Perkins Caufield & Byers ou encore Accel. En avril, sa dernière levée de fonds s’est effectuée sur la base d’une valorisation de 3,8 milliards de dollars. En début d’année, les responsables de Microsoft auraient discuté d’une offre de rachat de 8 milliards.

Selon Stewart Butterfield, une dizaine de propositions lui sont déjà parvenues. Mais l’ancien fondateur de Flickr, le service de partage de photos racheté par Yahoo en 2005, ne compte pas vendre. Et ce malgré les ambitions de Facebook, qui teste en ce moment une version de son réseau social destinée aux professionnels. «La marque Facebook ne correspond pas au monde de l’entreprise», veut-il croire.