Services financiers mobiles: le Paraguay montre la voie en Amérique latine

Petit pays d’Amérique latine dépourvu d’accès à la mer, le Paraguay a connu un fort dynamisme économique ces dernières années, entraîné par son secteur agricole. Cependant, cette croissance n’a pas bénéficié à tous les segments de la société, surtout dans les régions rurales où l’on estime que 30% de la population vit dans la pauvreté, avec un accès restreint à des services financiers.

De fait, le Paraguay enregistrait un des taux de pénétration de services financiers les plus bas du continent. En 2014, seuls 23% des Paraguayens avaient un compte en banque, moins de la moitié de la moyenne d’Amérique latine. Cependant, grâce aux efforts du gouvernement et du secteur privé pour promouvoir activement l’inclusion financière, cette situation s’est améliorée ces dernières années. Profitant de la forte pénétration des téléphones mobiles dans le pays, la compagnie de télécoms TIGO a lancé en 2008 un porte-monnaie électronique, devenu ensuite un produit transactionnel, permettant des transferts d’argent via SMS.

Plus d’un million d’utilisateurs actifs

Outre la souscription par les téléphones portables, sans papier, le large réseau d’agents constitue également un facteur clé de succès. En moins de dix ans, ce porte-monnaie électronique a atteint une couverture de marché similaire à celle du système financier traditionnel avec 1,25 million d’utilisateurs actifs en 2015 (environ 27% de la population adulte). Mieux encore, alors que la plateforme était prévue au départ pour effectuer des transferts des centres urbains vers les régions rurales, l’argent a commencé à circuler dans l’autre sens, aidé par la croissance du secteur agricole.

Parallèlement, le gouvernement a développé une stratégie nationale d’inclusion financière. La banque centrale a simplifié la régulation pour l’ouverture d’un compte d’épargne et a édité des lignes directrices pour les services de paiements électroniques et de microcrédits. Il en résulte que le Paraguay peut maintenant se réjouir, selon The Economist, de sa 3e position, sur 55 pays, en matière de régulation et de supervision pour l’inclusion financière, et du 7e rang pour la régulation des paiements électroniques.

Défi: favoriser maintenant l’épargne

Dans cet environnement réglementaire favorable, TIGO a conclu des alliances avec deux grandes banques s’adressant au bas de la pyramide sociale. Celles-ci fournissent du financement à son réseau d’agents et utilisent la plateforme pour étendre leur couverture vers des marchés inexploités, aussi bien pour débourser des prêts que pour recevoir des paiements.

D’autres sociétés de télécoms se sont depuis lancées dans la même activité que TIGO, portant le nombre de points de service dans les pays à 11 250 (contre 1400 bancomats), ce qui constitue la plus grande progression du continent en termes d’inclusion financière.

Il n’en reste pas moins que le pays doit maintenant faire face au défi de passer d’un modèle transactionnel uniquement où l’utilisateur n’est pas incité à conserver son argent vers un porte-monnaie électronique complet, où l’interface est utilisée aussi pour épargner. TIGO travaille actuellement dans ce but au moyen de messages simples mais efficaces visant à éduquer le marché. La régulation apporte indirectement son concours à cet égard, puisque les montants de plus de 560 dollars américains doivent être placés sur des comptes bancaires traditionnels. C’est pourquoi davantage de banques sont intéressées à utiliser la plateforme TIGO pour capturer l’épargne, étendre leur couverture et financer plus efficacement les personnes en bas de l’échelle sociale.

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