Sept années de vaches maigres pour les actions?

«La fête arrive à son terme», selon Christian Casal, directeur de McKinsey en Suisse, qui s’exprimait lors du Swiss Asset Management Day, en avril à Pfäffikon. Pour le consultant, plusieurs moteurs du marché ne contribuent plus à sa hausse. Les taux d’intérêt américains partent à la hausse. Et les bénéfices par action des entreprises ne présentent plus de taux de progression significatifs.

Après sept années de vaches grasses, doit-on craindre sept années de vaches maigres? Ben Inker, stratégiste de GMO, prévoit effectivement une baisse annuelle de 1,2% durant sept ans pour les grandes valeurs américaines et une quasi-stagnation pour les grands groupes non américains (+1%). La performance des actions sera moins bonne ces 25 prochaines années que durant les 25 dernières, selon Christian Casal.

Marchés baissiers en Europe

Mais il ne faut peut-être pas généraliser. «Les marchés européens sont effectivement baissiers depuis un an. Ils sont en déclin de plus de 20% depuis leur plus haut», confirme Pierre-Yves Brack, responsable de l’analyse financière auprès d’Edmond de Rothschild (Suisse). Les perspectives ne sont pas meilleures: «L’année 2016 a de fortes chances de ressembler comme un gant à 2015», ajoute-t-il.

Mais «ne plaçons pas tous les marchés mondiaux dans le même panier», avertit Pierre-Yves Brack. Il observe que le marché américain est très proche de son plus haut historique et que dans chaque marché les différences sont considérables au sein de la même branche d’activité. «Depuis sa cotation, Twitter a été divisé par plus de deux et, dans le même temps, Facebook a presque triplé», note-t-il. Au sein des FANG (Facebook, Amazon, Netflix, Google), l’action a perdu plus de 10% à l’annonce par Netflix et Google de résultats inférieurs aux attentes. A l’inverse, les actions Facebook et Amazon ont bondi de plus de 10% en raison de bénéfices supérieurs aux prévisions. «Les gains des uns sont le miroir des pertes des autres, par exemple entre Apple et Samsung, ou Linde et Air Liquide. «Nous sommes proches du jeu à somme nulle», fait valoir Pierre-Yves Brack.

Les investisseurs ont été pris à contre-pied. Les attentes de la majorité des analystes sur les changes et la macroéconomie ne se sont pas vérifiées. Le dollar, par exemple, ne s’est pas apprécié vis-à-vis de l’euro. «Les investisseurs se situent dans un processus de retour à la moyenne. Ils annulent leurs paris précédents, reviennent un peu sur les marchés émergents qu’ils ont délaissés depuis des années, et sortent des marchés matures qui ont présenté une meilleure performance», explique Pierre-Yves Brack.

L’apport important des dividendes

L’espoir de hausse repose donc sur les banques centrales et les entreprises. Dans le premier cas, «les promesses ne suffisent plus. Il faut passer aux actes», estime Pierre-Yves Brack. A l’annonce des décisions de la BCE, de la Fed et de la Banque du Japon, les bourses ont réagi négativement.

«L’avenir des actions repose donc sur les entreprises. C’est heureux puisque l’investissement en actions n’est pas un choix de pays, de branche économique ou de monnaie, mais une participation aux perspectives d’une entreprise», explique l’analyste genevois.

L’évolution divergente au sein des mêmes pays et des mêmes branches «est un signe de rationalité des investisseurs», selon Pierre-Yves Brack. Dans un contexte de croissance molle, de remodelage des économies (Chine, Arabie saoudite), certaines entreprises sont plébiscitées par les investisseurs en vertu de leur capacité à profiter des profondes transformations, alors que d’autres souffrent notablement de leur déclin relatif. «We are in a market of stocks and not in a stock market» (nous sommes sur un marché composé de différentes actions et non sur une bourse homogène), lance l’analyste.

Tandis que les 18 prochains mois devraient s’avérer difficiles, les bonnes valeurs sont, de l’avis d’Edmond de Rothschild (Suisse), par exemple dans des titres tels que Clariant, Zalando (commerce électronique allemand), le distributeur TJX, Partners Group, et Pargesa. En Europe, entre la moitié et les deux tiers de la performance devrait provenir des dividendes.

L’art du choix du marché porteur

En quête des sociétés de croissance qui parviennent à se distinguer dans un environnement de croissance molle, McKinsey déclare que les analystes attribuent trop d’importance à la recherche des entreprises qui pourraient gagner des parts de marché. La décomposition de la croissance des sociétés montre en effet que les gains de parts de marché ne contribuent qu’à hauteur de 4% à la croissance du chiffre d’affaires, les fusions et acquisitions à 31% et le choix du marché sur lequel on est actif à 65%. Christian Casal recommande donc de porter son regard sur les entreprises les plus présentes sur les marchés à forte croissance. Une autre idée de McKinsey, dans des marchés qui ne sont plus aussi haussiers que par le passé, consiste à éliminer les pires membres d’un indice.

Dans tous les cas, les perspectives pour ces prochains mois ne sont pas plus favorables, si l’on en croit la dernière note de Credit Suisse. Les bourses mondiales ont connu une reprise d’environ 15% depuis la mi-février grâce à une réduction des incertitudes en Chine, au soutien de la Fed et de la BCE, mais «ces forces sont peu susceptibles de se réitérer prochainement», selon la grande banque. Credit Suisse propose de «réduire l’ensemble des positions détenues en actions en ce qui concerne les plus importantes et les plus liquides». L’institut craint un «réajustement à la hausse des attentes des marchés par rapport aux prochaines actions de la Réserve fédérale américaine». Les fondamentaux sont également moins favorables tandis que «les risques politiques en Europe pourraient peser sur l’appétit au risque».


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