Sale temps pour les banques centrales

La Banque de Suède a été créée en 1668 suite à la faillite de la Banque de Stockholm qui avait émis des billets sans la garantie d’un dépôt en métaux précieux de valeur équivalente. Cette première banque centrale au monde, et subséquemment toutes les autres, assurait d’abord l’émission des billets. Graduellement, elles ont été chargées de garantir la stabilité de la monnaie nationale en jouant sur les taux d’intérêt.

Leur rôle n’a pas fondamentalement changé, au point qu’elles ont été tenues pour responsables des crises économiques et financières passées. Mais la crise financière de 2007-2008, a remis les banques centrales, en l’occurrence la Fed et la Banque centrale européenne (BCE), sur le devant de la scène. Elles ont été contraintes de sortir le bazooka: une baisse des intérêts qui a mené aux taux négatifs et à des mesures inédites (rachat des dettes souveraines et d’entreprises) qui ont évité aux Etats-Unis et à la zone euro de s’effondrer.

Vents contraires

A peine sortie du tunnel, l’économie mondiale fait de nouveau face à des vents contraires. De quoi soulever quelques interrogations: où sont passées les sommes colossales injectées par les banques centrales dans le système monétaire durant la décennie écoulée? Le malaise est indéniable.

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C’est un sale temps pour les banques centrales. En cas de nouvelle crise, leur marge de manœuvre est restreinte. D’où la volonté des politiques de s’approprier leurs tâches et de faire sauter les règles qui sont restées inflexibles. Aux Etats-Unis, Donald Trump est allé jusqu’à menacer de limoger le président de la Fed. Le grand danger est que des populistes – ils sont de plus en plus nombreux au pouvoir – abusent de la politique monétaire pour satisfaire leur visée électoraliste et à court terme.

Engager une réflexion

Un autre tabou risque de tomber: les banques centrales n’auront peut-être bientôt plus le monopole de l’émission de la monnaie. Les projets de Facebook avec sa monnaie virtuelle, la libra, et le succès des cryptomonnaies ouvrent des brèches dans cette direction.

Quoi qu’il en soit, ces banques jouent un rôle de premier plan pour maintenir les équilibres financiers nationaux et pour assurer une coordination internationale. Plutôt que de les affaiblir, il faut renforcer leurs pouvoirs. Pour autant qu’elles reconnaissent que leur modèle n’a pas donné les résultats escomptés et surtout qu’elles acceptent d’engager une réflexion afin d’être prêtes pour affronter de nouvelles crises.

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