Rosneft veut reporter les sanctions sur ses clients

Une nouvelle vague de sanctions américaines approche rapidement des côtes russes. Prévoyant du grabuge, le géant russe Rosneft (qui produit 4% du brut mondial) cherche depuis deux mois à étaler sur ses clients une partie des risques. Selon l’agence Reuters et le quotidien russe Vedomosti, le groupe russe, majoritairement en main de l’Etat russe, aurait distribué cet automne aux principaux négociants d’or noir (dont les suisses Glencore, Vitol et Gunvor) un nouveau contrat stipulant des amendes pour qui romprait ses engagements à cause des sanctions américaines. Rosneft exige ainsi dès 2019 que ses clients occidentaux, parmi lesquels figurent toutes les majors européennes (BP, Royal Dutch Shell, Total, ENI), le dédommagent, soit par une somme fixée à l’avance, soit rapportée aux volumes non achetés.

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Contactés, Glencore et Vitol se refusent à tout commentaire. Glencore pouvait se targuer d’entretenir des liens privilégiés avec Rosneft depuis 2016, lorsque le négociant suisse a participé à la privatisation partielle du groupe pétrolier russe. Mais l’opération financière (une revente controversée à un groupe chinois) ne s’est pas déroulée comme prévu et Glencore ne détient plus aujourd’hui que 0,57% du pétrolier. Gunvor, Rosneft et Total n’ont pas répondu aux questions du Temps. Selon Reuters, les négociants comme les groupes pétroliers rejettent la nouvelle clause réclamée par Rosneft.

Vers un nouveau tour de vis américain

Le pétrolier contrôlé par le Kremlin attribuera dans un mois – le 5 décembre – ses contrats annuels d’approvisionnement en brut et produits pétroliers. Rosneft laisse entendre qu’il pourrait ignorer les demandes des clients refusant les nouvelles conditions. D’ici là, il n’est pas impossible que tombent de nouvelles sanctions. Mardi, le Département d’Etat américain a démarré les consultations avec le Congrès sur l’implémentation de nouvelles sanctions contre la Russie liées à l’empoisonnement de l’ancien agent du renseignement russe Sergueï Skripal au Royaume-Uni. La porte-parole du Département d’Etat, Heather Neuert, a indiqué n’avoir pas reçu au terme d’un délai de 90 jours l’assurance de la Russie sur sa non-utilisation d’armes chimiques. Les précédentes sanctions américaines étaient liées à l’annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014.

Les craintes de Rosneft sont ravivées par les exemples de l’Iran et du Venezuela. Jusqu’ici relativement épargné par les sanctions américaines (qui ne visaient que les transferts de technologies offshore), Rosneft pourrait atterrir sur la liste des Special Designated Nationals, qui rendrait illégales toutes les transactions avec des compagnies occidentales.

Les groupes occidentaux se retirent

Bien qu’elles soient mineures, les sanctions impactent déjà les partenariats entre Rosneft et les majors occidentales dans la production. Fin octobre, une source gouvernementale russe révélait à l’agence Interfax que le pétrolier italien ENI était sorti de ses projets d’exploration dans la mer Noire et envisageait de faire de même dans la zone arctique. L’américain ExxonMobil l’avait précédé en février, toujours à cause des sanctions.

Plus de la moitié du brut exporté par Rosneft est destiné à l’Europe contre environ un tiers vers la zone pacifique. Le pétrolier, comme d’autres sociétés russes vulnérables aux sanctions, cherche à s’en prémunir en établissant avec ses clients non occidentaux des contrats dénommés des devises autres que le dollar. Une option qui n’est pas à l’ordre du jour avec les partenaires occidentaux. Ces derniers, tout comme Rosneft, attendent avec anxiété la décision de Washington.

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