Remous au sommet du Credit Suisse

Le Credit Suisse essaie de mettre de l’ordre dans ses investissements, comme le montrent des e-mails internes que s’est procurée l’agence Reuters.

Le directeur général Tidjane Thiam a demandé fin janvier des éclaircissements à Tim O’Hara, le patron de la division Global Markets. «Je m’interroge sur le montant de notre inventaire dans bon nombre d’activités», a écrit le Franco-Ivoirien, appelant son subordonné à «discuter point par point des niveaux appropriés».

Cet échange révèle également la surprise qu’ont eu le directeur général et le chef des finances en apprenant le montant des positions en janvier et des mesures ont été prises pour y remédier, a indiqué un porte-parole de la banque.

Comment ne pas voir un milliard?

La division avait inscrit au dernier trimestre une perte de 686 millions de dollars (658 millions de francs suisses) auxquels se sont ajoutés des dépréciations de 633 millions pour des actifs illiquides. Ces dernières ont encore eu droit à une rallonge de 346 millions de dollars pour le premier trimestre 2016, soit près d’un milliard de correctifs en tout, comme l’avait annoncé le Credit Suisse fin mars.

Les analystes ne manquent pas de s’inquiéter. «Cela soulève-t-il des préoccupations? Bien entendu!», a souligné Andreas Vendetti, qui assure le suivi de la banque chez Vontobel. Les critiques se font également entendre au sein du Credit Suisse sur l’«ignorance» que pouvait avoir la direction générale.

«Si le directeur des finances David Mathers ne le savait pas, alors le directeur des risques le savait sûrement, ce qui veut dire que tout le monde le savait. C’est difficile de croire que personne n’était au courant», a estimé un ancien administrateur de la division Banque d’investissement du Credit Suisse.

Une manœuvre pour se dédouaner?

Ces révélations mettent sur la sellette Timothy «Tim» O’Hara, un vétéran de la banque, qui affirmait que ses activités «étaient des plus rentables». L’américain de 52 ans, qui travaille depuis 1986 au sein du Credit Suisse, a pris ses fonctions en octobre 2015.

Et si la division n’avait vraiment aucune limite, comme le clame la banque, cela soulève deux problèmes, selon Finews. La première: qui a fixé des limites aussi élevées? Et aussi, qui les a autorisées? En outre, le site se demande comment des e-mails aussi sensibles ont pu atterrir dans les mains de médias.

Le site Inside Paradeplatz spécule sur une manoeuvre de Thiam Tidjane qui cherche ainsi à se dédouaner en rejetant la responsabilité sur ses subordonnés. Le porte-parole de Credit Suisse a indiqué ne pas savoir comment ces messages, pourtant personnels, avaient pu être adressés à l’agence Reuters. (nxp)

(Créé: 07.04.2016, 12h00)