Recruter pendant le coronavirus, c’est possible

Drôle de temps pour les recruteurs. Alors que la Handelszeitung et Le Temps publient les résultats d’une étude menée par Statista, qui identifie les meilleurs d’entre eux en Suisse, le marché de l’emploi est fortement touché par le coronavirus.

Mais le sondage de Statista a précédé cette crise: près de 6000 personnes ont été invitées à y répondre entre septembre et novembre. Des ressources humaines d’entreprises, des consultants et des chasseurs de têtes externes ainsi que des candidats ont dû évaluer des sociétés de recrutement sur plusieurs critères, dont la qualité du service, de la communication, le prix ou encore la rapidité.

Des critères qui ont permis l’obtention d’un score: Statista n’a pas proposé de classement, mais trois «niveaux», du meilleur au moins bon, établis pour plusieurs catégories évaluées, parmi lesquelles les portails en ligne, les spécialistes en recrutement de cadres ou encore en travail temporaire.

Parmi les recruteurs qui ont obtenu le nombre de points maximum dans la catégorie Travail temporaire, on trouve Adecco. Le groupe spécialisé dans l’intérim a annoncé lundi que les offres de postes en Suisse avaient baissé de 26% fin mars.

Le groupe Manpower s’avère aussi l’un des mieux notés dans cette catégorie. Leurs recrutements se poursuivent-ils en cette période? Cela dépend des domaines et des cantons, répond Séverine Liardon, chargée de communication pour ManpowerGroup Suisse. «Dans la plupart des cantons, nous avons une forte demande de la part des clients dans les milieux logistiques, médicaux et dans la grande distribution. A Genève, nous continuons de recruter pour des postes administratifs, mais tout est ralenti.»

Autre domaine, autre canton: «Dans le Jura et dans le canton de Vaud, les recrutements pour des postes techniques, notamment liés à l’exportation de machines, sont souvent suspendus», souligne Séverine Liardon. Et quand les recrutements sont menés à terme, les entrées en fonction sont fréquemment repoussées d’un mois.

Des candidats plus exigeants

Quel que soit le secteur, si le besoin est là, mieux vaut ne pas reporter un recrutement, suggère Laetitia Kulak, directrice du Cabinet Global HR Talents et experte en ressources humaines digitales: «Dans six mois, la nécessité d’embaucher existera toujours, et les bons candidats auront déjà signé ailleurs.»

Car l’experte constate que les candidats continuent à postuler. «Les gens sont inquiets pour l’avenir de leur poste, notamment certains profils moins axés clientèle dans le secteur bancaire, rapporte l’experte. Ils envisagent de déplacer leurs compétences et profitent d’être davantage réceptifs à la maison pour voir ce qui se passe ailleurs.»

Mais si les candidats sont inquiets, ils sont aussi plus exigeants: «Ils ont goûté au télétravail, à la flexibilité. Ils attendent souvent, après la pandémie, d’avoir accès aux mêmes conditions, remarque Laetitia Kulak. Je n’ai jamais eu autant de demandes de 70 et 80%.»

La demande de flexibilité se ressent aussi dans les recrutements, note Séverine Liardon: «Nous avons par exemple réalisé un entretien téléphonique avec une femme à 21h, après qu’elle avait couché sa fille.»

Des CV vidéo

Car les processus de recrutement se font évidemment autrement. Les candidats se sont rapidement adaptés, constate Laetitia Kulak. «Avant, il fallait souvent les pousser pour utiliser les outils en ligne. Maintenant, ils sont nombreux à m’envoyer des CV vidéo, dans lesquels ils se présentent et renvoient à leur profil LinkedIn.» Le marché s’inverse, constate donc la spécialiste. «Une entreprise qui n’accepterait pas les CV vidéo, par exemple, se priverait de bons profils. Les candidats sont en train d’imposer leur façon d’être recrutés.»

Côté employeurs, certaines pratiques se sont aussi intensifiées: les algorithmes sont notamment de plus en plus utilisés pour filtrer les dossiers. Les entretiens d’embauche, eux, se font évidemment via visioconférence.

Chez Manpower, le processus de recrutement n’a pas été bouleversé, excepté l’entretien qui se fait désormais par téléphone ou en vidéo. «Certains recruteurs se positionnaient contre les entretiens à distance avant la crise, avec l’idée qu’il fallait absolument rencontrer la personne pour l’appréhender, se souvient Séverine Liardon. Mais ils constatent qu’ils développent de nouvelles sensibilités, à l’intonation de la voix, par exemple.»


Les classements






Méthodologie

Entre le 23 septembre et le 8 novembre 2019, le spécialiste en statistiques Statista a interrogé des responsables du personnel en entreprise, des agences de placement, des cabinets de recrutement et des candidats ayant fait l’expérience de ce type d’intermédiaires. Les meilleurs recruteurs et les meilleurs sites d’emplois en ligne ont ainsi été classés pour la Suisse.

Détails concernant les catégories:

  • Recrutement de cadres (Executive Search): recherche de fonctions fixes de cadres supérieurs à rémunération annuelle comprise entre 150 000 et 300 000 francs.
  • Recrutement de cadres dirigeants (High End Executive Search): recherche de cadres supérieurs dirigeants en poste fixe avec rémunération annuelle de plus de 300 000 francs, ainsi que de membres de conseils d’administration.
  • Recrutement de spécialistes (Professional Search): axés sur la quête de spécialistes et de professionnels en poste fixe avec une rémunération annuelle jusqu’à 150 000 francs.
  • Agences de travail temporaire: spécialisées dans la location aux entreprises des services de travailleurs limités dans le temps.

Les portails d’emploi ont été choisis à l’aide d’une fonction d’auto-intégration comportant plus de 250 sites actifs en Suisse et présélectionnés. Les sites pouvaient aussi être librement nommés.

Le sondage s’est déroulé en ligne. Plus de 5300 responsables du personnel en entreprise et recruteurs de main-d’œuvre ont reçu par courriel une invitation à participer, ainsi que plus de 600 candidats. Retrouvez la méthodologie complète en cliquant sur ce lien.

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