Raiffeisen: un nouveau patron qui confirme le changement de cap

Ce n’est pas faute d’avoir spéculé. Après avoir cité des dizaines de noms pour remplacer Patrik Gisel à la tête de Raiffeisen, y compris parmi les plus connus de Suisse, personne n’avait vu cette nomination venir. Ni les médias, ni les observateurs de la place bancaire. Ce sera finalement l’actuel directeur général de la Banque cantonale de Thurgovie (TKB), Heinz Huber, qui sera le nouveau patron de Raiffeisen dès l’année prochaine, un choix qui a provoqué la surprise.

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Plus d’un an après l’éclatement de l’affaire Pierin Vincenz, du nom de son ancien patron soupçonné de gestion déloyale, la banque compte finalement sa nouvelle direction au complet. Outre la nomination de Heinz Huber, elle s’est aussi trouvé un nouveau président du conseil d’administration, Guy Lachappelle, élu début novembre lors de l’assemblée générale des délégués, en même temps que plusieurs nouveaux administrateurs.

L’«anti-Vincenz»

Déjà qualifié d’«anti-Vincenz» par la presse alémanique, Heinz Huber, 54 ans, dirige la TKB depuis 2014, une fonction qui le rend peut-être plus proche des sociétaires de Raiffeisen que ne pouvait l’être Pierin Vincenz à son arrivée. En outre, le nouveau venu est un banquier, mais pas que. Ce diplômé de l’Université de Rochester (MBA), puis de Harvard (Advanced Management Program) a commencé sa carrière à UBS, où il a tenu «différentes fonctions», notamment dans la banque commerciale, selon son profil LinkedIn. Il a ensuite rejoint la direction de Credit Suisse en 1996, où il s’est occupé de crédits jusqu’en 2001.

C’est à cette date qu’il a changé, temporairement, de secteur. Il a rejoint Kofax, une entreprise britannique basée à Basingstoke et spécialisée dans l’informatique. Il y est resté comme membre du comité exécutif quelques années avant de créer, diriger, puis vendre, le tout en l’espace d’un an et demi, l’entreprise Sydoc, active dans le conseil et les services, notamment basée sur les produits de Kofax. Retour ensuite à la banque, au sein de la banque cantonale.

«Solide savoir-faire»

C’est ce côté interdisciplinaire qui a séduit Raiffeisen, entre autres. «Ayant été membre de la direction d’une entreprise informatique d’envergure internationale ainsi que cofondateur et dirigeant d’une PME dans le secteur de la gestion des informations, il possède une vaste expérience entrepreneuriale et une grande affinité avec les questions informatiques», souligne ainsi la banque. Elle met aussi en avant sa «grande expérience dans le domaine des crédits» et son «solide savoir-faire en matière d’opérations hypothécaires et d’opérations avec la clientèle entreprises».

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Cela n’en reste pas moins un saut de taille pour le nouveau responsable. La Banque cantonale de Thurgovie compte 700 employés, contre un peu plus de 11 000 pour Raiffeisen. Si l’on compare les sommes du bilan, celui de la banque coopérative est environ dix fois supérieur, tout comme l’argent déposé par les clients. Sans compter l’enjeu primordial de stabiliser une entreprise secouée par l’affaire Vincenz et de tourner cette page peu glorieuse de la gouvernance de l’entreprise.

Néanmoins, les deux établissements ont en commun, à leur échelle, une forte implication dans le marché hypothécaire. Et c’est peut-être le plus important. En cas de hausse des taux d’intérêt ou de difficultés sur le front de l’immobilier, Raiffeisen sera mieux armée avec un spécialiste de ce domaine qu’un nom connu de la place mais moins versé dans le marché de la pierre.

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