Que disent les investisseurs après les frappes sur la Syrie

Presque un soulagement. Les marchés financiers attendaient les frappes occidentales contre le régime syrien, accusé d’avoir utilisé des armes chimiques lors d’une attaque contre la ville rebelle de Douma. Maintenant c’est derrière. Car les investisseurs n’aiment pas les incertitudes. Déjà que les Bourses ne sont pas en grande forme depuis janvier avec la montée en puissance du protectionnisme cher à Donald Trump. L’indice suisse SMI a reculé de 7,5% depuis janvier, alors que le S&P américain abandonne, lui, 6%. Tour d’horizon économique.


LA CROISSANCE

Les voyants de l’économie mondiale restent au vert. Le monde n’a plus connu une croissance aussi robuste et globale depuis une dizaine d’années. Les échanges commerciaux se trouvent aussi à un plus haut. Il est vrai que les trois moteurs économiques de la planète – États-Unis (2,8%), Europe (2,4%) et Asie (6,2%) – sont simultanément en croissance. Positif donc.


LES ACTIONS

Les marchés des actions ont connu une forte baisse depuis le début de l’année. Certains titres ont reculé de près de 20%. Mais les dernières nouvelles sont plutôt rassurantes. Le président Trump souhaiterait que les États-Unis rejoignent le partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP), un traité de libre-échange qu’il avait dénoncé en janvier 2017. Ce symbole annonce-t-il les prémices d’une stabilisation de la situation en Syrie? Cela n’est pas impossible tant personne n’a à gagner d’une confrontation directe russo-américaine. Dans ce cadre, les financiers ont les titres (souvent bradés) suivants à l’œil: Nestlé, Roche, Adecco, Swiss Life, ABB, Axa, Siemens, Beiersdorf, SAP, Porsche, Valeo, ING, Crédit Agricole, Vodaphone, Reckitt, Home Depot, Pepsi ou encore Procter&Gamble, qui pourraient s’avérer intéressants.


L’OR

La situation n’est pas encore stabilisée en Syrie (ni sur le front du protectionnisme d’ailleurs): après les bombardements de samedi, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne menacent toujours Bashar al-Assad de représailles en cas d’utilisation d’armes chimiques contre sa population. Alliée de Damas, la Russie avait prévenu qu’elle allait intercepter les missiles occidentaux et détruirait leurs sites de lancement. Il n’en a rien été. Cela étant, même faible, la probabilité que survienne une confrontation russo-américaine demeure. L’or, comme le yen japonais ou le franc suisse, sert généralement de valeur refuge lorsque la géopolitique tourne à l’aigre. Un investissement envisageable.


LES OBLIGATIONS

Pas de doute, la solidité des fondamentaux économiques va pousser les taux à la hausse. Logique, l’inflation gagne un peu de terrain, et les banques centrales sont attentives à prévenir un éventuel dérapage inflationniste. Cette année, les taux directeurs de la Banque centrale américaine vont alors grimper jusqu’à 2,5%. La Banque centrale européenne devrait suivre et rehausser le loyer de l’argent, qui se trouve actuellement à 0%. Ce mouvement est attendu à fin 2018 ou début 2019. La Banque nationale suisse (BNS) devrait agir dans la foulée. Les taux hypothécaires vont logiquement monter un peu en parallèle. Pour mémoire, les taux sont carrément négatifs en Suisse. Cela n’est attractif ni pour les épargnants, ni pour les banques, ni pour le système de prévoyance, dont les avoirs ne sont pas correctement rémunérés (lorsqu’ils ne sont pas ponctionnés). Ouf, la sortie du tunnel est proche.


LE PÉTROLE

L’instabilité géopolitique et la croissance économique ont un impact haussier sur le prix du baril de brut. Il faut savoir qu’un doublement du prix du pétrole en l’espace d’une année conduit historiquement à la récession. Coup d’œil dans le rétroviseur: comme le cours du pétrole est passé de 42 à plus de 67 dollars depuis juin 2017, une nouvelle phase hausse de 17 dollars d’ici à juin prochain pourrait signifier de gros nuages sur la croissance. Pour une fois, le très controversé pétrole de schiste américain – dont l’extraction est si peu écologique – risque d’être le bienvenu. Son offre pléthorique permettra peut-être de limiter la hausse du brut, laissant le temps à l’économie de s’adapter. Sauvée par le diable, en quelque sorte.

(TDG)

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