Quand l’argent mafieux passait par la Suisse

«Un cadre de la banque fait patienter la riche Mexicaine, dans un salon. Vingt minutes s’écoulent. Quand la porte s’ouvre, ce sont des policiers genevois qui prient la belle-sœur du président Salinas de les suivre.» Empruntant les codes du polar, un ouvrage historique qui vient de paraître* retrace trente-cinq affaires emblématiques ayant rythmé la vie de la finance helvétique depuis un demi-siècle.

Couvrant les dossiers chauds du quartier des banques depuis les années 80, le journaliste Roland Rossier fait revivre des épisodes rocambolesques qui n’évoquent parfois plus que quelques noms – Lansky le financier de la mafia, Gelli le «grand marionnettiste», Elisabeth Kopp – mais aussi des enquêtes tentaculaires toujours en cours, celle entourant Petrobras par exemple. Certaines vieilles affaires ramènent à des cas récents «qui font ressurgir des protagonistes de l’ombre», rappelle l’auteur, reporter à la «Tribune de Genève».

Ce dernier dit avoir redécouvert l’ampleur de scandales qui avaient fleuri sur la rente du secret bancaire dans les années 80, et dont le grand public devait prendre connaissance «avec stupéfaction» en suivant la croisade de magistrats comme Bernard Bertossa à Genève ou Paolo Bernasconi au Tessin. «Après la mise en place d’un arsenal pénal contre Un nouvel ouvrage éclaire l’argent sale, puis avec la fin du secret bancaire en 2009, on pouvait imaginer que cela en serait peu à peu fini des affaires; or, ce n’est pas le cas, à voir les montants en jeu dans les dossiers récents en lien avec le Brésil ou la FIFA», relate ce vétéran de la presse économique passé par «Le Temps» ou «L’Hebdo».

Tout change, rien ne change? «Non, tout a changé – notamment sous la pression des États-Unis qui se sont érigés en gendarmes du monde des affaires et rendent leurs actions publiques – et le métier de banquier et d’avocat genevois n’a plus grand-chose à voir avec celui pratiqué il y a vingt ans», assure l’auteur. Parlant de «queue de la comète», Roland Rossier en veut pour preuve l’envol des dénonciations par les banques de leurs clients – devenus indésirables – au gendarme antiblanchiment, le MROS.

Reste une réalité: la masse des dépôts confiée aux banquiers suisses, venant souvent des antipodes, ne s’est pas effondrée au cours de la dernière décennie. Et en dépit du maillage de contrôles, cette clientèle lointaine – dont l’unité de compte est parfois la centaine de millions – nécessite de rappeler la manière dont la Suisse et ses banques ont pu être utilisées par les aventuriers, les hommes de l’ombre et les pirates de la finance.


* «La Suisse et l’argent sale – 60 ans d’affaires bancaires», Roland Rossier, Éd. Livreo-Alphil.

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