Pourquoi la banque Mirabaud soutient le Bol d’Or

Samedi matin, entre 500 et 550 bateaux à voile partiront de Genève pour la 78e édition du Bol d’Or. Associé du groupe Mirabaud, partenaire principal de la course depuis 2005, Antonio Palma nous a reçus en compagnie de Rodolphe Gautier, avocat et président du Bol d’Or Mirabaud, pour évoquer les liens entre son établissement et le milieu de la voile.

Le Temps: Pourquoi avez-vous souhaité adosser le nom de la banque à celui d’une course de voile?

Antonio Palma: Les banquiers, comme tout le monde, recherchent de la notoriété. Ils veulent pour cela s’associer à un domaine qui leur corresponde, ce qui est le cas en ce qui nous concerne avec le monde de la voile. Nous nous retrouvons dans ses valeurs – un sport d’entrepreneurs, d’équipe, d’innovation et de gestion des risques – et nous aimons le fait que l’on puisse choisir son plan d’eau, la taille des bateaux ou le type de course, comme l’on sélectionne des marchés et des produits financiers. Et puis la voile est un sport ouvert à tout le monde, il n’y a pas besoin de faire la Coupe de l’America pour régater.

Comment êtes-vous devenu le sponsor principal de la plus grande régate de Suisse?

A.P.: En 2004, juste après être devenu membre de la Société Nautique de Genève, je suis allé voir le président de l’époque Pierre-Yves Firmenich pour lui demander s’il avait besoin de quelque chose. Il m’a répondu: «Ça tombe bien, nous avons justement besoin d’un nouveau sponsor!» C’est comme ça que tout est parti.

Pour combien d’années vous êtes-vous engagés?

A.P.: Au début, on ne le sait pas. A l’époque où nous avons débuté avec Mike Horn les banquiers privés commençaient à peine à communiquer. Les professionnels nous ont ensuite rapidement convaincus qu’une fois engagés sur cette voie nous ne pouvions plus changer de cap, passer de la voile au golf ou au vélo, par exemple. L’image d’une banque liée au monde de la voile sur le long terme était créée, à notre plus grande satisfaction.

Outre le Bol d’Or, quels sont vos autres projets dans le sport nautique?

A.P.: Il y a eu Dominique Wavre, bien entendu, que nous avons notamment soutenu durant le Vendée Globe 2012. Nous avons également sponsorisé un équipage féminin qui a été Champion Olympique à Pékin en 2008. Nous soutenons «Spindrift», qui est actuellement la meilleure écurie de voile avec notamment le D35 Ladycat et un Maxitrimaran à la pointe de la technologie, ainsi que l’école de voile de la Nautique. Les projets évoluent mais la voile reste le cœur sportif de notre communication.

Ce sponsoring a-t-il un effet commercial?

A.P.: C’est très difficile à évaluer. Un horloger qui lance une montre durant un événement pourra toujours calculer le nombre de montres vendues, pas nous. Par contre, on peut mesurer les retours en termes de capital sympathie et d’image qui sont très positifs. Aujourd’hui, Mirabaud est associé à la voile, en tout cas en Suisse. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’est pas déplaisant de pouvoir mettre notre nom à côté d’une photo de centaines de voiliers sur la rade qui, avec le Cervin, est l’une des plus belles images de la Suisse.

A combien se chiffre votre soutien financier à la voile?

A.P.: Nous préférons ne pas donner de chiffre exact car quoique nous disions nous fâcherions du monde; certains diraient que c’est trop, d’autres pas assez.

Mais se chiffre-t-il en dizaines, en centaines de milliers ou en millions de francs?

A.P.: En centaines de milliers. Notre politique de communication est principalement fondée sur le sponsoring.

Quel est le budget du Bol d’Or 2016?

Rodolphe Gautier: Plusieurs centaines de milliers de francs. Il tient principalement compte de l’apport des partenaires mais il est aussi complété par les inscriptions des concurrents. Nous bénéficions aussi des infrastructures existantes de la Société Nautique de Genève. Au final, c’est un budget important par rapport à tout ce qui se fait dans le monde de la voile en Suisse mais ridicule en comparaison au budget d’un tournoi de tennis, par exemple, puisque nous n’avons pas de prize money.

Comment attirez les sponsors?

R.G.: Comme l’a dit Antonio Palma nous ne sommes plus dans un système de mécénat. Pour nos partenaires, il s’agit avant tout d’un investissement avec une volonté de gagner en notoriété. Nous devons donc leur proposer une visibilité et des hospitalités durant toute la manifestation et pas seulement au départ comme c’était le cas au tout début du sposoring du Bol d’Or en 1995. Nous avons ainsi progressivement mis en place un suivi technologique (site internet, cartographie, médias sociaux, communication) qui représente, aujourd’hui, notre principal investissement. C’est aussi ce qui nous différencie des autres régates en Suisse et nous donne une renommée internationale.

Combien de personnes suivent la course en ligne?

R.G.: L’arrivée du premier l’année dernière a été suivie en direct par 45 000 personnes, ce qui est impressionnant. Cela tenait aussi au fait qu’il y a eu un important orage et que dix bateaux se battaient pour la victoire. Le suspense est la clé du succès.

Les employés de Mirabaud sont-ils fiers d’être associés au Bol d’Or?

Antonio Palma: Beaucoup suivent la course, oui. Nous louons chaque année un bateau de la CGN sur lequel plus de 200 invités suivent le départ, dont une trentaine de collaborateurs. L’association sport et loisir de la banque organise également un petit-déjeuner à la Belotte pour les familles des collaborateurs. Certains encore participent à la course à titre privé.

Serez-vous au départ cette année?

A.P.: Non. Mais j’ai participé une bonne vingtaine de fois ces 30 dernières années. C’est un privilège de pouvoir participer et sentir ce qui se passe sur l’eau. C’est pour cela que nous sommes partenaires. Ce qui est beau dans le monde de la voile, c’est le côté populaire et élite sportive en même temps. Comme pour la Course de l’Escalade.

La voile est aussi un sport de banquiers privés à Genève. Y a-t-il une forte rivalité entre vous?

A.P.: Toute la place est bien représentée, pas seulement les banquiers. Les entrepreneurs aiment le combat, l’équipe, l’organisation et le fait de pouvoir choisir les outils.

Rodolphe Gautier: Genève est une ville tournée sur le lac. Comme la Suisse d’ailleurs qui, après la Nouvelle-Zélande, compte la plus grande proportion au monde de bateaux par habitant.