«Pour les petits indépendants, il est difficile d’économiser»

Le Temps: Les PME suisses n’ont-elles vraiment pas de réserves pour survivre quelques semaines à un coup dur?

Vincent Dousse: Les situations sont évidemment hétérogènes. Les microentreprises sont les plus vulnérables. Pour des petits indépendants tels que les coiffeurs, restaurateurs ou chauffeurs de taxi, il est très difficile de mettre de l’argent de côté. Il faut aussi noter que mars et avril sont traditionnellement des gros mois pour l’économie, ce qui accroît le dommage.

Qu’en est-il des plus grandes entreprises?

Pour les entreprises qui ont des réserves, je dirais que cela dépend du secteur d’activité, des marges et de la politique de dividende. De manière générale, la marge de manœuvre s’est réduite par rapport à il y a vingt ans. Avec la force du franc, la possibilité d’économiser a baissé. Les taux d’intérêt négatifs n’incitent pas non plus à garder du cash.

Combien de temps une entreprise saine peut-elle tenir?

Je pense que beaucoup d’entreprises peuvent survivre entre un et trois mois. Et là, on part du principe que les mois de mars et d’avril sont perdus. Si l’activité ne reprend pas au mois de juin, cela deviendra problématique. Il faut toutefois aussi souligner que certaines entreprises se portent très bien, par exemple dans le médical ou la logistique.

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Que pensez-vous des crédits-relais mis en place par la Confédération?

C’est clairement la bonne solution. Cela permet à une entreprise qui était saine de surmonter la crise. Et les modalités de remboursement (amortissement sur cinq ans, avec possibilité de prolonger de deux ans) paraissent gérables pour la majorité des entreprises. Il n’y avait de toute manière pas d’autre solution. Le coût d’une aide de toutes ces PME à fonds perdu n’est pas soutenable.

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Avec l’élargissement et la simplification des horaires de travail réduit, ne doit-on pas craindre des abus?

Il y en aura certainement. C’est impossible à éviter. Il y aura aussi des contrôles et il faudrait mettre en place des sanctions assez importantes pour qu’elles soient dissuasives. Mais j’ai l’impression qu’en Suisse la grande majorité des entrepreneurs ont un comportement éthique. Ils sauront être solidaires.

Que conseillez-vous à une PME aujourd’hui, en priorité?

Il faut bien sûr réduire les dépenses, même s’il restera toujours des charges dites incompressibles. A ce titre-là, il me semblerait normal que la pratique d’annuler un loyer se généralise. Pour les propriétaires, il est mieux de perdre cet argent que de perdre un locataire. Si l’activité se calme, cela peut aussi être une opportunité pour l’entrepreneur de faire le point, de se mettre à jour dans les travaux administratifs et surtout de préparer l’après-coronavirus. Je ne serais pas étonné que cela reparte très fort et il faudra être prêt.

Quelle leçon faut-il retenir de tout cela pour l’après-coronavirus?

Qu’il faut économiser quand cela va bien pour pouvoir supporter les périodes de crise. A cet égard, la politique de la Confédération est exemplaire. Ces dernières années, il y a eu des exercices excédentaires qui ont permis de faire baisser l’endettement. Et maintenant qu’un coup dur arrive, le Conseil fédéral peut intervenir pour soutenir l’économie. C’est pareil dans le canton de Vaud, où un très grand effort de réduction de la dette a été accompli.

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