Pour 100 millions de dollars, Uber s’offre une victoire capitale

Payer plutôt que s’éviter un procès. La pratique, courante aux Etats-Unis, s’est enrichie, en l’espace de quelques heures, de deux nouveaux exemples. Après VW, qui a accepté de transiger dans l’affaire de ses moteurs truqués, ce fut au tour d’Uber, dans la nuit de jeudi à vendredi, de déposer plusieurs milliards sur la table. 84 millions pour être précis, qui seront versés dans un fonds de compensation pour ses chauffeurs. S’y ajouteront 16 millions supplémentaires si Uber entre en bourse et que sa valorisation passe au-dessus d’un certain niveau (non communiqué) durant l’année qui suit.

Ces 100 millions de dollars (98 millions de francs) ressemblent à une première vue à une défaite pour Uber. Mais il s’agit, de l’avis des principaux médias américains, d’une formidable victoire pour la société de mise en relation entre chauffeurs et passagers. D’abord parce que ces 100 millions ne sont qu’une fraction des 10 milliards de dollars qu’a levés Uber depuis sa création – la société est valorisée aujourd’hui à 60 milliards. Mais surtout parce que cette somme permet de supprimer la principale incertitude planant sur son avenir.

Procès annulé

La plainte collective rassemblait 385 000 chauffeurs en Californie et au Massachusetts. Leur doléance: que la société ne les considère plus comme des travailleurs indépendants, mais comme des salariés. Uber aurait ainsi eu à payer pour eux des éléments de couverture sociale, telles les cotisations chômage et santé, mais aussi les congés payés. Mais le procès, agendé au 20 juin, n’aura très certainement pas lieu. Un juge n’a plus qu’à valider l’accord entre Uber et les représentants des chauffeurs.

Avocate de ces derniers, Shannon Liss-Riordan l’a reconnu sans peine: l’argent a pesé lourd. «Nous sommes conscients que certains (chauffeurs, ndlr) seront déçus que le procès n’ait pas lieu. Mais nous croyons que l’accord que nous avons pu négocier apporte d’importants bénéfices, financiers et non financiers, qui amélioreront la vie des chauffeurs». En réalité, Uber n’a rien cédé sur le statut des chauffeurs. La société a pu se contenter de mieux leur communiquer pourquoi ils risquent d’être suspendus, de créer une instance de recours pour les chauffeurs suspendus ou encore de les laisser afficher un autocollant pour demander des pourboires.

Une portée globale

Cet accord aura deux types de conséquences. Pour Uber, d’abord. Comme l’expliquait le Wall Street Journal (WSJ), les 100 millions ne constituent pas une décision de justice, mais créent un précédent qui éloigne fortement, pour la société, le risque de devoir payer des centaines de millions de dollars en assurances pour ses 450 000 chauffeurs. En Suisse, il n’y a pour l’heure pas de débat sur le statut des chauffeurs, considérés comme indépendants.

L’accord aura aussi une portée globale. Comme le rappelait le WSJ, plusieurs start-up n’ont récemment pas été capables de lever des fonds à cause de l’incertitude concernant le statut de leurs «employés» et ont dû faire faillite. Cela a été le cas pour la société de ménage à domicile Homejoy.


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