PIIGS, les cochons devenus dorés

Il y a dix ans, ils étaient considérés comme des cochons. Aux yeux des financiers, les PIIGS, acronyme utilisé pendant la crise pour qualifier cinq pays en grande difficulté économique (Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne), étaient la honte budgétaire du Vieux-Continent.

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Du passé. Aujourd’hui, le rendement des obligations à dix ans de certains de ces pays frôle le zéro. Dans un monde où les investisseurs se désespèrent de trouver le moindre revenu, ils sont de plus en plus nombreux à faire confiance à ces ex-parias et leur permettent de s’endetter à bas coût. Ces pays n’ont toutefois pas (encore) atteint le royaume des taux d’intérêt négatifs. Un paradis pour ceux qui, comme la Suisse ou l’Allemagne, sont payés pour emprunter. Un enfer pour les investisseurs.

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Tirons-en deux leçons. La plus simple: pour sauver la Grèce, l’Europe a débloqué 273 milliards d’euros en huit ans. Les marchés ont donc compris que la famille ne laisserait pas l’un de ses membres faire faillite. Dans cette optique, même si ces pays restent mal considérés par les agences de notation, leur prêter de l’argent apparaît sans risque.

La seconde: c’est une nouvelle preuve que la finance mondiale a perdu sa boussole. Il est en effet irrationnel de prêter à si bon prix à de si mauvais débiteurs. Voire même, lorsqu’on atteint des taux négatifs, d’ouvrir son porte-monnaie à quelqu’un pour qu’il s’endette, aussi bon débiteur soit-il. En Suisse, les banques pourraient bientôt payer pour octroyer des hypothèques à des particuliers: invraisemblable.

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Ces anomalies sont à mettre sur le compte non seulement de l’excès d’épargne – particuliers et entreprises rechignent à investir dans un monde devenu aussi imprévisible –, mais aussi sur les politiques monétaires ultra-accommodantes des banques centrales.

En théorie, cet argent bon marché devrait alimenter la croissance. Mais il n’est pas utilisé «vertueusement» pour investir et créer des emplois. Au contraire, les entreprises rachètent leurs propres actions et les particuliers épargnent toujours davantage.

Alors comment débloquer la situation? Par d’ambitieux plans d’investissement publics pour lutter contre le réchauffement climatique? L’idée est séduisante, mais attention. Ne perdons pas de vue que la situation actuelle sur le marché des obligations est une aberration. Il serait dangereux de trop s’y fier, au risque de se retrouver avec des pays incapables, demain, de rembourser une dette qui les étouffe (à l’image de la Grèce en 2008). L’ignominieux acronyme PIIGS n’est donc pas près de tomber aux oubliettes.

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