Pierre-Alain Urech et l’art de la transition énergétique

Il nous reçoit au siège de Romande Energie Services, au 22, avenue de la Gare, à Préverenges (VD). «Je n’ai plus de bureau», explique Pierre-Alain Urech avant de nous emmener dans une petite salle de conférences. Chaque jour, le directeur général s’installe à un poste de travail différent. Fini le fonctionnement en silos, on soigne désormais les échanges spontanés, l’esprit d’innovation et la possibilité de travailler depuis chez soi jusqu’à deux jours par semaine. Et c’est sans parler de l’économie d’espace: dans les 30 m² qu’il occupait à lui seul, on mettra bientôt six à huit collaborateurs.

Le bâtiment de Préverenges est la vitrine du groupe qu’il dirige depuis 2004 et préfigure l’aménagement du quartier général morgien actuellement en rénovation. D’électricien, Romande Energie s’est en effet transformé en énergéticien. «Autrefois, il s’agissait de vendre le plus de courant possible à nos clients, poursuit Pierre-Alain Urech. Aujourd’hui, nous faisons de l’argent en les aidant à consommer moins et à négocier la transition énergétique.» Un changement radical de modèle d’affaires.

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Gare aux dégâts humains

Les murs extérieurs sont recouverts de cellules photovoltaïques, le chauffage (et le maintien des pièces à une température agréable pendant l’été) est assuré par des panneaux rayonnants qui fonctionnent avec une pompe à chaleur et sans brasser l’air. On parle de domotique, d’efficience énergétique et de microgrid autant que de barrages hydroélectriques. Le langage a changé avec la perspective de la sortie du nucléaire d’ici à 2050.

Pour quelqu’un qui a transformé son entreprise de fond en comble et dessiné sa nouvelle stratégie, Pierre-Alain Urech dégage une sérénité remarquable. De lui-même, il a décidé de s’en aller douze mois avant l’âge de la retraite, d’ici à la fin de l’année. Et c’est son successeur qui mettra en œuvre la stratégie élaborée depuis 2017. «Je ne voulais pas réorganiser l’entreprise pour la voir chamboulée sitôt parti, souligne-t-il. Nouveau chef, nouvelle organisation, c’est classique. Les changements trop fréquents entraînent d’énormes dégâts humains et financiers. Voilà ce que j’ai voulu éviter.» Au nouveau directeur général, Christian Petit, donc, de prendre le relais. Cet ancien membre de la direction générale de Swisscom entre officiellement en fonction le 1er juin.

Pierre-Alain Urech ressent-il un pincement au cœur? C’est inévitable après près de quinze ans à la tête de l’entreprise. Mais il a mûrement réfléchi sa décision. Et puis, ce ne sont pas les nouveaux projets qui manquent. Celui qui a fait son premier marathon en 2004, à New York, flirte avec l’idée de remettre ça. Un exploit partagé avec son épouse, comme d’ailleurs la passion de la randonnée à ski et une participation à plusieurs Patrouilles des glaciers. Le couple se réjouit de faire à pied la traversée des Alpes, de Saint-Gingolph à Nice. Une course de trois semaines difficile à concilier avec un emploi du temps chargé.

Au secours de Rail 2000

Sa retraite, l’ancien top manager ne l’envisage toutefois que sur le mode actif. Trop? Comme président des Remontées mécaniques de Villars-Les Diablerets, il est très impliqué dans l’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse de 2020. «Un boulot de fou!» Il continuera d’œuvrer au sein de plusieurs autres conseils d’administration. Dont celui des CFF. «Pour chaque séance, c’est entre 300 et 1500 pages de lecture… Je n’avais pas anticipé une telle charge.» On ne peut pas dire pourtant qu’il n’était pas préparé, lui qui a commencé sa carrière en 1980 au sein de l’ex-régie pour en devenir le responsable des infrastructures et le vice-président de la direction générale. Au début des années 1990, c’est lui aussi qu’Adolf Ogi appelait pour une remise à plat du projet Rail 2000 dont le budget initial avait presque triplé. Un sacré défi!

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Mais revenons à l’enfance et à l’adolescence comme pour y chercher une trame. A Pompaples (VD) où il est né – le Milieu du Monde popularisé par le poète et chansonnier Gilles. Dans le Chablais où son père marchand de fer et sa mère institutrice déménagent – les souvenirs des vendanges et de l’odeur du moût. Mentionnons la séparation de ses parents, le déménagement à Hauterive et ce fond d’accent neuchâtelois qui reste comme une trace de cette époque.

Evoquons cette soif d’apprendre l’allemand qui le fera choisir des études à l’EPFZ: ingénieur civil, diplômé à 25 ans, spécialisé en chemin de fer et en énergie hydraulique. Aujourd’hui, la stratégie énergétique élaborée par le Conseil fédéral après Fukushima fait en quelque sorte écho à sa première carrière et à son implication dans Rail 2000, cet autre chantier historique. Dans les deux cas, Pierre-Alain Urech a œuvré en première ligne.

Pour le patron du groupe Romande Energie, il n’y a pas de doute. Il faut miser à fond sur les énergies renouvelables. Mais une sortie du nucléaire d’ici à 2050 lui paraît hasardeuse. «Les délais fixés sont probablement utopiques», lâche-t-il. Et de citer le cas du parc éolien de Sainte-Croix bloqué depuis quinze ans. «Les Suisses ne sont pas encore prêts à faire les concessions nécessaires. Parce qu’ils ont du courant en abondance qu’il suffit d’acheter à l’étranger; et tant pis s’il est produit dans des centrales au charbon. Et parce qu’ils pèchent par individualisme. Le refrain est toujours le même: les renouvelables, d’accord. Mais pas dans mon jardin.»


1955 Naissance à Pompaples (VD).

1980 Entrée aux CFF.

1995 Nommé membre de la direction générale et responsable des infrastructures aux CFF.

2003 Nommé directeur général de Romande Energie.

2004 Premier marathon à New York.

2018 Décide de prendre une retraite anticipée.

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