Pékin lâche du lest mais continue à punir l’agriculture américaine

C’est un développement qui n’était pas attendu sur le front de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. En tout cas pas à ce stade. Pékin a publié mercredi une liste de produits américains qui seront exemptés des surtaxes douanières de 25% imposées depuis l’an dernier. Les exemptions, qui entreront en vigueur le 17 septembre pour un an, concernent 16 catégories de produits, allant des pesticides aux lubrifiants, en passant par la farine de poisson et des médicaments. D’une valeur de 1,69 milliard de dollars sur un total de 110 milliards.

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Le relâchement dont Pékin a fait preuve mercredi suit d’autres mesures annoncées le jour précédent. Il a assoupli les règles de l’accès des investisseurs à ses marchés financiers. Le plafond de 300 milliards de dollars cumulés qui leur était imposé sur les marchés d’actions et d’obligations a été supprimé. Une décision qui répond positivement à certaines exigences américaines.

Force est de constater que Pékin ne fait aucun cadeau en matière de produits agricoles américains, notamment le soja et la viande de porc, qui sont frappés d’une surtaxe de 25%. La stratégie chinoise serait de maintenir la pression sur l’administration Trump en «punissant» sa base électorale agricole dans le Midwest.

Reprise des négociations

Les deux annonces ont été faites alors que les deux premières puissances en guerre tentent de renouer le dialogue après l’échec des négociations en mai. La semaine dernière, tant Pékin que Washington se sont félicités d’un nouveau round de discussions prévu pour début octobre dans la capitale américaine. Les techniciens des deux côtés se rencontrent déjà cette semaine.

Capitulation? «Je ne pense pas, analyse Norman Villamin, chef des investissements à l’UBP à Genève. Au contraire. L’ouverture aux capitaux étrangers est un objectif déclaré du gouvernement chinois.» Selon lui, le flux de capitaux étrangers en direction de la Chine a sans doute diminué dans le sillage des tensions commerciales. Norman Villamin estime que cette mesure vise aussi à offrir une alternative à Hongkong. «Pékin voudrait ainsi attirer une partie des capitaux étrangers en Chine continentale», relève-t-il.

«La Chine poursuit des réformes et les pressions de l’administration Trump ne font que les accélérer, renchérit pour sa part Karim Daou, directeur de K2K Capital, groupe d’investissement privé basé à Genève et actif en Chine. Pékin prépare les bases d’une nouvelle ère de croissance orientée vers son économie domestique. Son économie sera la première bénéficiaire de la politique d’ouverture.»

Les Chinois sont pragmatiques

Pour Karim Daou, les Chinois sont pragmatiques et ils profitent des tensions pour aller encore plus loin dans les réformes. «Leur objectif reste le maintien d’une croissance forte et un développement économique plus sain et plus transparent, ce qui attirera des investissements substantiels dans les prochaines années», souligne-t-il.

Le financier genevois, qui est aussi membre actif de la Chambre du commerce Suisse-Chine (section romande), affirme que les entreprises étrangères se profilent déjà pour profiter des réformes financières actuelles. Et de rappeler que «des banques comme UBS et Credit Suisse ou des groupes d’assurances comme Axa ou Allianz ont pignon sur rue en Chine parce qu’ils y voient un potentiel de croissance qui n’existe nulle part ailleurs. Pékin détient une arme stratégique dans un contexte géopolitique tendu: il a la capacité de leur apporter de la croissance.»

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En ce qui concerne l’exemption des droits de douane sur de nombreux produits américains importés en Chine, c’est la première fois que Pékin fait une telle concession. A ce propos, Norman Villamin fait ressortir que c’est de bonne guerre de laisser entrer certains produits sans droit de douane. Surtout ceux qui n’ont pas de sources d’approvisionnement alternatives. Pour leur part, les Etats-Unis ont déjà annoncé des exemptions à six reprises depuis décembre dernier sur un montant de 34 milliards de dollars.

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