Novartis croît malgré les scandales

Finis l’ophtalmologie et les simples génériques, Novartis se concentre sur les thérapies dites innovantes. Autrement dit, les lucratifs traitements sous brevet, «la crème de la crème», selon les termes de Michael Nawrath, analyste à la Banque cantonale de Zurich. Et les bons résultats de ce début d’année reflètent ce recentrage opéré par le directeur général Vas Narasimhan, commente-t-il.

Sur les trois premiers mois de 2019, le géant pharmaceutique bâlois a étoffé son chiffre d’affaires de 2% sur un an, selon le bilan intermédiaire publié mercredi, à 11,1 milliards de dollars. Celui-ci ne tient compte que des activités poursuivies, excluant donc les revenus d’Alcon, devenu entre-temps une entité séparée cotée à la bourse suisse depuis le 9 avril. Novartis a dans la foulée communiqué les chiffres du spécialiste de l’ophtalmologie, dont les revenus ont atteint 1,78 milliard de dollars, stables sur un an et jugés bons par les analystes.

Nouveau directeur chez Sandoz

Quant à la filiale de médicaments génériques Sandoz, dont les ventes ont reculé de 2% (2,3 milliards) en raison de fortes pressions sur les prix aux Etats-Unis, un pan de ces activités va être cédé, note Lorenzo Biasio. L’analyste spécialisé dans le secteur de la santé chez Credit Suisse se réfère à la vente de certains produits, annoncée l’automne dernier, amorçant la transformation de la filiale en une entité plus autonome.

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L’opération devrait être menée à terme cette année par le nouveau directeur de Sandoz, dont le nom a été annoncé mercredi également, après le brusque départ le mois dernier de Richard Francis. Il s’agit de Richard Saynor, venu de chez le concurrent GSK, qui entrera en fonction début août au plus tard.

Le moteur de la croissance a été la division Innovative Medicines (médicaments innovants) sur laquelle se concentre aujourd’hui le groupe rhénan et qui regroupe les traitements récemment mis sur le marché. Les ventes ont progressé de 5% à 8,8 milliards, contribuant à améliorer la rentabilité de Novartis: en dépit d’un bénéfice net en baisse de 5% (1,9 milliard) en raison des coûts liés à cette transformation, le résultat opérationnel core (ajusté des cessions) a bondi de 9% à 3,3 milliards.

Presque 10% au-dessus des attentes

«C’est 9,5% au-dessus des attentes du consensus d’analystes», commente Vontobel dans une note. La marge correspondante a ainsi été améliorée de 2 points de pourcentage, flirtant avec les 30% – pour la division médicaments innovants elle a même atteint 33,3%. De quoi donner du crédit à la stratégie de Vas Narasimhan, entré en fonction il y a un an. «Et rend plausible l’objectif de 35% fixé par le groupe pour 2022 pour cette division», renchérit Michael Nawrath.

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Et même si le rythme de croissance pourrait ralentir quelque peu dans la suite de l’exercice, Novartis devrait atteindre ses objectifs, selon l’analyste de la BCZ. Le recentrage sur les médicaments innovants, couplé aux baisses de coûts entamées sous l’ère du précédent patron Joe Jimenez, devrait mécaniquement y contribuer, note Lorenzo Biasio. Agathe Bouché Berton de Bordier & Cie signale en outre un «pipeline dense» de nouveaux produits, avec sept molécules qui pourraient être lancées l’an prochain. Le groupe table sur une amélioration du résultat opérationnel dans une fourchette de 8 à 9%, contre 5 à 9% précédemment.

«Le passé intéresse peu l’investisseur»

Nulle trace en revanche d’éventuelles provisions liées aux différentes enquêtes pour corruption qui visent le groupe rhénan aux Etats-Unis. Mais aussi en Grèce, où l’affaire a d’ailleurs tourné au scandale politique impliquant des personnalités politiques de haut rang. Le groupe n’a pas répondu à nos sollicitations. D’après les observateurs, si ces investigations devaient déboucher sur des sanctions pécuniaires, les montants infligés sont généralement bien en dessous des requêtes des procureurs.

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Les accusations selon lesquelles Novartis aurait rémunéré des politiciens et des médecins pour favoriser la prescription de ses traitements n’ont pas non plus pénalisé le titre en bourse. «Elles remontent à plusieurs années, le marché les a déjà intégrées», relève Lorenzo Biasio. «Ce qui compte, c’est qu’elles n’aient plus cours aujourd’hui», souligne-t-il. «Le passé intéresse peu l’investisseur, qui regarde toujours de l’avant», conclut Michael Nawrath.

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