Notre époque est la plus heureuse qui soit !

L’époque actuelle est la plus heureuse qui soit, car en 7000 ans d’histoire, jamais les humains n’ont été globalement aussi bien soignés, n’ont bénéficié d’une aussi bonne protection sociale, d’un système de retraite, d’un accès à la culture, d’un système démocratique, d’une absence de guerre et n’ont vécu aussi vieux. Avant la Révolution française il y a un peu plus de deux siècles – ce qui est récent –, l’âge maximal de la population était en moyenne de 26 ans et il était inimaginable de connaître trente années sans guerre. Aujourd’hui, l’espérance de vie a triplé.

Si Zola ou Victor Hugo revenaient à présent, ils tomberaient de leur chaise! Il est vrai qu’à la lumière du magistral Les Misérables paru en 1862, ces écrivains engagés et emblématiques, attachés à rapporter la misère de leurs compatriotes, constateraient qu’à sa naissance une fillette de nos jours a de grandes chances d’être centenaire ou presque, qu’elle a le droit de vote, qu’elle peut suivre une scolarité au même titre qu’un garçon, et que malgré l’ombre de Daech et le réchauffement climatique, ses perspectives d’avenir s’amélioreront encore grâce aux progrès de l’intelligence artificielle et de quantité de technologies.

Le problème des déclinologues

Alors effectivement, de nombreux déclinologues, tel le grand philosophe Alain Finkielkraut, tout en prononçant de nombreuses vérités, ont tendance à oublier ce qui est positif. Or, en détaillant leur parcours, la majorité de ces pessimistes vient de l’extrême gauche, à savoir qu’ils étaient maoïstes, communistes, trotskistes ou anarchistes en 68. Et force est de constater que leur monde s’est littéralement effondré! D’où leur pessimisme…

En effet, leur opposition au libéralisme et à la modernité les a conduits dans ce sens, alors même que dans notre monde, c’est bien le capitalisme qui a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté, lui qui, via l’émergence de milliers d’entreprises, a fourni des emplois, des biens et des services à bon nombre, même si, bien entendu, rien n’est jamais parfait! Pourtant, ils devraient savoir qu’à la base le libéralisme, tel que le décrivait Tocqueville par exemple, est une idée de gauche. Ce brillant philosophe, précurseur de la sociologie, estimait, selon moi à raison, que le développement d’entreprises via le capital était la principale porte de sortie contre le chômage et les pénuries que subissaient les populations.

Alors oui, il y a de quoi se réjouir, même si des fléaux subsistent. Celui du fanatisme religieux n’est pas éradiqué et fera encore des milliers de morts avant de disparaître, mais comparé aux Croisades et aux multiples guerres de religion détaillées dans les livres d’histoire, il n’a, au regard des 7,7 milliards d’hommes sur Terre, jamais tué aussi peu de personnes.

L’affaiblissement des médias et la violence gratuite relayée par les réseaux sociaux constituent évidemment un autre problème à résoudre. Il est cependant illusoire d’imaginer qu’une quelconque loi anti-fake news puisse y parvenir. Ce n’est pas le rôle du juge dans un univers démocratique de réguler la liberté d’expression, et les tribunaux, déjà surchargés, ne risquent pas de sanctionner les incivilités ou crimes véhiculés par des millions de tweets et autres messages quotidiens. C’est d’autant plus probable que ces messages sont majoritairement diffusés par les GAFA, qui ne sont que des «transporteurs» de contenu, donc non responsables de celui-ci aux yeux de la loi américaine. Bien qu’ils aient instauré des modérateurs, dont la tâche fort louable s’avère inatteignable, ces géants du Web continueront à faire fi des lois, notamment européennes.

Mieux réguler les GAFA

Pour améliorer encore notre monde, il conviendrait par ailleurs de développer davantage la participation et l’intéressement dans les entreprises, à l’image des «piliers suisses», car il est évidemment sain qu’une société qui gagne beaucoup d’argent ait des salariés qui s’enrichissent également.

En revanche, il faudra un jour parvenir à une régulation mondiale des entreprises, et notamment des plus puissantes d’entre elles, les GAFA, car, comme pour des pays comme les Etats-Unis et la Chine, on ne sait jamais quel est le degré d’implication de ces multinationales, bien plus puissantes que les Etats, en matière de transhumanisme entre autres. A l’ère du séquençage du génome humain mis au point dans la lutte contre certaines maladies, on peut légitimement s’attendre au meilleur comme au pire dans l’utilisation de ces innovations.

En conclusion, j’estime que pour le bien-être de la démocratie, notre monde doit paradoxalement fuir le populisme. En effet, un gouvernement doit être suffisamment populaire pour se faire élire et avoir ensuite suffisamment de courage pour prendre des décisions impopulaires mais salutaires pour l’avenir.

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