Merkel approuve la facture pour sortir du charbon

Après avoir enterré l’énergie nucléaire, l’Allemagne abandonne l’énergie fossile. «L’adieu au charbon commence dès aujourd’hui. C’est irréversible», s’est félicitée Svenja Schulze, la ministre de l’Environnement, qui a annoncé l’arrêt de la première centrale dès cette année. «La fin du charbon est désormais acquise et consensuelle. L’Allemagne ne reviendra pas sur cette décision», confirme Achim Brunnengräber, expert du secteur de l’énergie à l’Université libre de Berlin (FU).

Un an après la remise du rapport de la «Commission charbon», qui réunissait tous les acteurs du secteur (y compris les ONG), le gouvernement a trouvé un accord dans la nuit de mercredi à jeudi. Le calendrier prévoit la fermeture de la dernière centrale en 2038 avec une option de sortie anticipée, si la situation le permet, en 2035. Pour leur reconversion et pour éviter la casse sociale, les quatre régions minières concernées toucheront 40 milliards d’euros. Plus de 70’000 emplois sont liés directement ou indirectement au secteur, avec 21’000 salariés dans les mines. Enfin, les exploitants de centrales recevront plus de 4 milliards d’euros d’indemnités.

Soutien de la population

Sans le soutien de la population, le gouvernement n’aurait pas réussi à tourner cette nouvelle page de la transition énergétique. Deux tiers des Allemands sont favorables à la disparition de cette source d’énergie, selon les sondages. Par ailleurs, si le charbon représente encore plus de 30% de la production d’électricité du pays, l’Allemagne n’est pas menacée de pénurie. «Il n’y aura pas de black-out en Allemagne. Lorsqu’on a abandonné le nucléaire, on craignait déjà la pénurie. Le pays est pourtant resté exportateur d’électricité malgré la baisse du nombre de centrales. Par ailleurs, les progrès techniques dans le renouvelable sont considérables. Nous aurons toujours des excédents», affirme Achim Brunnengräber.

«Nous sommes le premier pays à abandonner à la fois le nucléaire et le charbon», s’est félicitée la ministre Svenja Schulze. Mais le pari n’est pas gagné. Il s’agit maintenant d’accélérer le développement des énergies renouvelables pour tenir les objectifs climatiques. L’Allemagne, qui s’était engagée à réduire de 40% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020 (par rapport à 1990), a déjà reporté cet objectif à 2030.

Par ailleurs, la grande question qui taraude les Allemands est celle de la stabilité des prix de l’électricité. «Il faut dire la vérité à nos compatriotes. Les prix vont augmenter avec l’abandon progressif du charbon», avait prévenu Dietmar Woidke, le ministre-président du Brandebourg, la région la plus touchée par la fermeture des mines. Les experts pensent néanmoins le contraire. «Nous payons actuellement le prix de la transition avec des taxes qui permettent de financer le développement des énergies renouvelables, explique l’expert Achim Brunnengräber. Mais les prix vont considérablement baisser dans quelques années», affirme-t-il.

Pour les ONG environnementales, l’accord obtenu est une grande victoire. Elles dénoncent néanmoins l’hypocrisie du gouvernement, qui a accepté en contrepartie la mise en route de centrales neuves (déjà construites) pour des questions d’indemnisations.

Créé: 16.01.2020, 18h03

monchange.ch