Manger sainement, comme un patron du XIXe siècle

Les repas d’affaires s’éternisant jusqu’au début de l’après-midi avec plats copieux, vin et pousse-café sont-ils définitivement terminés? Deux études récentes – l’une de la Clinique Max Grundig et l’autre du Robert Koch-Institut en Allemagne – indiquent que les dirigeants d’entreprise sont deux fois plus souvent adeptes d’un régime végétarien ou végane que le reste de la population. Leur consommation d’alcool est également en net recul. Les chefs d’entreprise du XXIe siècle semblent vivre bien plus sainement qu’autrefois.

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«On ne voit plus de longs repas copieux et arrosés à midi, comme c’était le cas il y a vingt ou trente ans, confirme Jean-Louis Foucqueteau, directeur de la restauration au Lausanne Palace, haut lieu des déjeuners d’affaires. Cette transition s’est faite progressivement, et nous l’observons depuis huit ou dix ans, avec des repas d’affaires plus légers, avec moins de vin, voire uniquement de l’eau.»

Des menus adaptés

Comme dans tous les restaurants gastronomiques, le menu de la célèbre Table d’Edgard du Palace a été adapté: entrée, plat et dessert légers et à prix plus raisonnable. De quoi ne pas dépasser les 1h30 de pause et permettre d’être productif l’après-midi. «Les sauces à la crème très calorifiques ont été abandonnées pour des jus de sauce, renchérit Laurent Omphalius, chef du centre de séminaires Hôtel du Léman, à Jongny-sur-Vevey. Nous privilégions les crudités pour les entrées, notamment en été, avec des gaspachos et des salades. Nous faisons aussi attention de varier les accompagnements, en proposant du quinoa, de l’Ebly [blé précuit, ndlr], au lieu d’avoir chaque jour des frites ou des pâtes.»

Les dirigeants d’aujourd’hui ressemblent aux athlètes dans leur manière d’envisager l’hygiène de vie

Virginie Le Moigne, directrice de l’agence de communication My Playground

Avec des journées de douze ou quatorze heures de travail, un chef d’entreprise doit rester en forme et tenir le rythme. «Dans les affaires, nous ne courons pas un sprint mais un marathon, explique Patrick Delarive, multi-entrepreneur, conseiller personnel de leaders et conférencier. Nous évoluons dans un environnement professionnel extrêmement concurrentiel et rapide.» D’où le besoin de se mettre au sport, parfois de manière intense, et de surveiller son alimentation de près. «Les dirigeants d’aujourd’hui ressemblent aux athlètes dans leur manière d’envisager l’hygiène de vie», ajoute Virginie Le Moigne, directrice de l’agence de communication My Playground à Lausanne.

Prise de conscience

Une idée nuancée par Mathias Rossi, professeur à la Haute Ecole de gestion de Fribourg. En 2012, il a supervisé une enquête sur les conditions de travail et la santé d’une centaine de travailleurs indépendants et de dirigeants de petites PME. «Il existe clairement une prise de conscience sur l’importance de faire attention à sa santé, pour soi et pour ses collaborateurs, explique-t-il. Mais cela reste souvent une priorité secondaire. Dans les faits, les chefs d’entreprise interrogés disent ne pas avoir le temps de prendre un petit-déjeuner, être obligés d’aller manger avec des clients à midi… Ils vont mettre à disposition des fruits pour leurs collaborateurs mais repousseront leurs propres bonnes résolutions par manque de temps. La vision opérationnelle prend souvent le dessus.»

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Patrick Delarive fait du sport trois fois par semaine en présence d’un coach, tôt le matin avant de commencer sa journée de travail. Une fois par année, il suit un jeûne thérapeutique d’une dizaine de jours dans une clinique spécialisée en Allemagne. Et s’astreint à un jeûne de vingt-quatre heures à fréquence hebdomadaire. «J’aime la notion des deux cerveaux que sont la tête et l’estomac, dit-il. Si l’un ne fonctionne pas bien, cela a tout de suite des répercussions sur l’autre.»

Une question d’image

Des entrepreneurs plus fit, plus dynamiques… Feraient-ils également plus attention à leur image qu’avant? «Un chef d’entreprise n’est plus un type bedonnant caché dans un immense bureau en costume trois pièces, sourit Patrick Delarive. Il est le coach, l’entraîneur qui doit motiver et séduire ses équipes. On ne le dit pas, mais il s’agit implicitement de transmettre l’idée que «si moi à mon âge, je suis en forme, vous pouvez l’être aussi!»

Selon l’étude menée par Mathias Rossi, la posture du dirigeant ou l’image qu’il souhaite renvoyer a des répercussions sur son comportement. La crainte existe que l’image d’un dirigeant souffrant ou affaibli laisse une mauvaise impression aux clients ou aux fournisseurs.

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Mais le changement observé chez certains entrepreneurs s’inscrit dans une mouvance plus globale. Montée en puissance du bio, explosion des régimes sans gluten ou sans lactose, diminution de la consommation de viande pour des raisons environnementales ou éthiques. Les études soulignent que la préoccupation pour une alimentation saine augmente avec le niveau d’études. Les classes dirigeantes sont particulièrement sensibles à ces questions. L’évolution de l’espérance de vie joue aussi son rôle. Savoir que l’on a encore de longues années devant soi quand on quitte le monde du travail fait que l’on s’entretient pour pouvoir en profiter.

L’alimentation ne fait pas tout

«J’ai envie de manger de la viande propre, non issue de l’élevage industriel, dit Virginie Le Moigne, directrice de l’agence de communication My Playground. Dans notre entreprise, nous avons d’ailleurs mis en place un repas sans viande le lundi. Il s’agit d’une proposition aux collaborateurs, qui ne sont pas du tout obligés de la suivre. Quand nous commandons un service traiteur, nous ne prenons pas de foie gras, nous faisons attention aux provenances des viandes. Cela fait quinze ans que l’agence existe et depuis le départ nous avions envie de proposer des choses saines, des alternatives aussi.»

Mais selon l’étude menée par Mathias Rossi et son équipe, la classe dirigeante ferait globalement moins attention qu’un employé à son sommeil, à son activité physique et aux contrôles médicaux. Même si les leaders font plus attention à leur forme, les vieilles habitudes demeurent, notamment en matière d’horaires.

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