Malgré les promesses, la déforestation se poursuit

Au Brésil, la colère gronde au sein des populations indigènes habitant la forêt amazonienne. Fait assez rare en politique, Jair Bolsonaro tient malheureusement ses promesses électorales. Depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau président, ouvertement hostile à l’environnement, la déforestation a repris de plus belle en Amazonie. D’après les données diffusées par un institut national de recherche spatiale, durant le seul mois de mai, la planète a perdu 739 km2 de forêts primaires au Brésil, soit deux fois la superficie de la Suisse. À titre de comparaison, un tel rythme de coupe d’arbres n’avait plus été observé dans le pays depuis dix ans.

Sur un plan mondial, malgré les promesses et les engagements pris par les mondes industriel et politique, la disparition des forêts se poursuit inlassablement. Selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), la Terre perd chaque année 7 millions d’hectares de forêts.

Juste avant l’ouverture à Vancouver d’un sommet mondial regroupant les patrons des industries les plus puissantes du monde, le Consumer Goods Forum, Greenpeace sort un rapport rappelant leur rôle et leur contribution à ce désastre. L’ONG environnementale évoque la disparition, depuis 2010, d’au moins 50 millions d’hectares de forêts pour la fabrication de produits de base.

«Une décennie gaspillée»

Pourtant, dix ans plus tôt, les membres participant au forum s’étaient engagés à stopper la déforestation au plus tard avant 2020. De nombreux plans et programmes, aussi divers que variés, ont fait suite à cet engagement. Parmi les plus récents, citons l’initiative «Cacao et forêts», élaborée par toute l’industrie du chocolat, dont les géants Mars, Mondelez, Barry Callebaut ou encore Nestlé.

La multinationale suisse présentait également, il y a quelques semaines, la manière dont elle surveille désormais depuis le ciel ses fournisseurs d’huile de palme. À l’aide des satellites d’Airbus, Nestlé veut s’assurer un approvisionnement en huile impliquant «zéro déforestation».

«Des demi-mesures», assure Greenpeace. Sur la cinquantaine d’entreprises contactées en début d’année par l’ONG, aucune n’est parvenue à la convaincre du déploiement de mesures réellement efficaces pour éradiquer le déboisement de la planète. «Après avoir gaspillé une décennie, elles devraient être en pourparlers de crise. Au lieu de cela, elles réfléchissent toujours à la manière d’augmenter la demande pour des produits qui détruiront encore plus les forêts», regrette Anna Jones, responsable des projets liés aux forêts au sein de Greenpeace UK.

Plastique versus papier

Dans une période où le monde ne veut plus entendre parler de plastique, la popularité grandissante du papier comme alternative pourrait contribuer à empirer encore la situation. «Il sera impossible pour les entreprises d’obtenir suffisamment d’approvisionnement en pâte à papier provenant de sources durables (déjà maintenant, la demande est plus grande que l’offre mondiale). Les systèmes de certification existants ne sont pas suffisants pour garantir un approvisionnement provenant de forêts à haute valeur de conservation, pas même la certification FSC», explique Asti Roesle. L’experte des questions liées aux objets à usage unique de Greenpeace Suisse appelle à réduire ce type d’emballages, représentant actuellement plus de la moitié de la consommation mondiale de papier.

Forêts boréales en danger

Depuis deux ans, l’ONG alerte également sur les menaces qui planent sur l’autre poumon de la planète: les forêts boréales. La plus vaste étendue boisée en continu, avec ses 16 millions de kilomètres carrés, a, selon l’ONG, perdu en moyenne 2,5 millions d’hectares de paysages forestiers intacts non fragmentés (IFL) par an, en moyenne, entre 2000 et 2013. Mélèzes, épicéas, saules, bouleaux sont victimes des incendies et de l’industrie florissante du bois, dont une partie est transformée en mouchoirs et papier-toilette vendus par des géants comme Essity (marques Lotus, Nana ou Okay).

Étant donné les enjeux climatiques, afin de ne pas dépasser les fameux 2 °C de réchauffement, la préservation des forêts primaires est urgente. Greenpeace appelle les entreprises à respecter au plus vite leurs engagements «zéro déforestation», même si l’échéance de 2020 semble désormais totalement utopiste. «Le problème est que les négociants et les gouvernements des pays producteurs peinent toujours à collaborer, et beaucoup restent activement hostiles aux réformes», s’inquiète l’ONG, consciente que seules une entente et des actions de tous les acteurs permettront de réduire le péril qui plane sur nos forêts. (TDG)

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