Malgré la menace de sanctions, le marché russe rebondit

Les marchés financiers russes ont ouvert l’année en fanfare après une longue période végétative. C’est surtout l’afflux d’investisseurs internationaux qui a changé la donne. Janvier 2019 a vu un afflux record depuis cinq ans d’argent étranger sur les marchés d’actions et obligataires, remarque la banque centrale russe dans son rapport mensuel sur la bourse. En parallèle, le rouble s’est redressé depuis le début d’année face au dollar et à l’euro.

La demande étrangère pour les obligations fédérales russes a atteint 55 milliards de roubles (840 millions de francs), bien plus que le niveau mensuel moyen observé en 2018. La moitié des achats se sont déroulés lors des enchères du ministère des finances, le reste sur le marché secondaire, qui était jusque-là boudé par les étrangers, note encore la banque centrale.

L’intérêt des étrangers s’est réveillé durant la seconde moitié du mois, grâce à l’adoucissement de la politique monétaire américaine, aux progrès des négociations commerciales sino-américaines et au retour du baril de Brent au-dessus de la barre des 60 dollars, notent les observateurs.

Pas de très mauvaises nouvelles

Côté actions, les investisseurs internationaux ont apporté 580 millions de francs, du jamais vu depuis cinq ans. Ce sang neuf a fait progresser de 6% l’indice IMOEX de référence (en roubles), qui a fixé un record à 2533 points le 5 février. L’index MSCI (en dollars) a, lui, bondi de 13,2%. Depuis, l’IMOEX a subi une correction et a clôturé à 2488 points mercredi soir.

L’appétit pour les valeurs russes s’explique à la fois par un environnement macroéconomique positif et par l’absence de très mauvaises nouvelles, auxquelles les investisseurs ont été habitués depuis la vague des sanctions internationales démarrées en 2014. Le pays a terminé l’année 2018 avec un triple surplus (balance des paiements, balance commerciale, budgétaire) pour la première fois depuis des années.

Un record de 115 milliards pour le surplus de la balance de paiements, grâce à la hausse du prix du pétrole (le facteur clé pour l’économie russe) et la baisse des importations (due à la faiblesse du rouble en début d’année et à la baisse des revenus des Russes). La forte réduction des dépenses publiques a permis d’obtenir un profit budgétaire atteignant 2,7% du PIB.

Il y a aussi le niveau actuel du baril de pétrole, qui confère au rouble la stabilité nécessaire pour rassurer les investisseurs. La perspective d’une convergence plus poussée entre la Russie et l’OPEP (surnommée «OPEP +»), qui se traduit par une réduction de la production par les principaux pays producteurs, devrait permettre de conserver un environnement macroéconomique stable.

Une meilleure note de crédit

Vendredi dernier, l’agence de notation Moody’s en a tiré les conséquences en sortant la Russie du bas du tableau, la catégorie «spéculative», où le pays était coincé depuis l’annexion de la Crimée. Sa note est désormais Baa3, ce qui replace la Russie sur l’écran radar des grands fonds d’investissement internationaux. «La revalorisation des notations russes reflète l’impact positif des politiques adoptées ces dernières années pour renforcer les indicateurs financiers et externes déjà robustes de la Russie et réduire la vulnérabilité du pays aux chocs externes, notamment de nouvelles sanctions», indiquait Moody’s vendredi.

Même l’annonce mardi soir de nouvelles sanctions conjointes imposées par Washington et Bruxelles n’a fait dévisser ni le marché ni le rouble. Ces sanctions répondent à l’incident militaire dans le détroit de Kertch en novembre dernier, mais elles ne visent qu’un groupe de militaires russes impliqués dans l’incident. Ce qui serait autrement plus inquiétant pour les investisseurs étrangers, ce serait des sanctions imposées par le Congrès américain interdisant l’achat de la dette souveraine russe. De ce côté-ci, la menace continue de planer.


Après une fin d’année 2018 difficile, les indices occidentaux affichent de fortes hausses depuis janvier. Les craintes qui ont plombé la fin 2018 se sont apaisées

Un gain de 9,5% pour l’indice S&P500, de 6,7% pour l’Euro Stoxx, de 8,4% pour le SMI: les marchés occidentaux affichent de solides performances depuis le début de l’année. Ces chiffres sont d’autant plus remarquables qu’ils succèdent à un troisième trimestre 2018 difficile sur les bourses. Ce retournement de tendance s’explique par les mêmes facteurs, qui ont plongé les marchés dans le rouge fin 2018.

Début octobre, les investisseurs craignaient que le marché haussier – le plus long de l’histoire américaine – ne soit arrivé à son terme. D’une part, parce que l’on estimait que la Réserve fédérale américaine (Fed) risquait de freiner la croissance, en continuant à relever ses taux. D’autre part, parce que le conflit commercial entre Washington et Pékin faisait planer un risque sur la croissance chinoise et, par répercussion, sur la conjoncture européenne.

Quatre mois plus tard, les bourses sont fortement reparties à la hausse. La raison: «Ces mêmes craintes ont été apaisées en fin d’année, décrypte Samy Chaar, chef économiste chez Lombard Odier. D’un côté, le président de la Fed, Jerome Powell, a donné des signes rassurants concernant une pause dans le cycle de hausse des taux, et de l’autre, les Etats-Unis et la Chine semblent enclins à trouver une issue, au moins temporaire, à la guerre commerciale.»

Protéger les gains de 2019

Cette hausse peut-elle se prolonger? Des investisseurs parlent déjà de protéger une partie de leurs gains. «Un investisseur dont la performance 2019 est déjà positive de 5 à 10% devrait considérer l’idée d’en rendre environ 2% au marché en achetant un put (le droit de vendre à un prix déterminé à l’avance sur une période donnée) pour environ six mois, conseille Jean Frédéric Nussbaumer, de Vontobel, dans sa newsletter quotidienne. Il peut ainsi protéger une partie de ses positions sans les vendre, et profiter de la suite éventuelle de cette hausse.»

Pour sa part, Samy Chaar recommande également d’ajuster les positions dans les phases de hausse: «Les taux courts américains ne devraient pas remonter avant six mois mais, compte tenu du rythme soutenu de la croissance américaine, la Fed finira bien par reprendre ses hausses, ce qui devrait recréer des épisodes de volatilité.» (Sébastien Ruche)

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