L’UE pourra enfin protéger ses industries stratégiques

L’Union européenne (UE) va enfin se doter d’un mécanisme destiné à filtrer les rachats de ses entreprises stratégiques par des investisseurs étrangers. Le projet est sur la table depuis l’an dernier, mais faute d’unanimité, il a fait l’objet d’incessants marchandages. Le consensus s’est dégagé mardi à Bruxelles.

Une dizaine d’Etats de l’UE ainsi que les Etats-Unis, le Canada, le Japon ou encore l’Australie disposent déjà de lois pour protéger les entreprises jugées stratégiques ou pour empêcher des rachats au nom de la sécurité nationale. L’initiative de la Commission européenne lui permettra d’avoir une vue d’ensemble sur les investissements étrangers en Europe. En Suisse, après le rachat de Syngenta, le géant bâlois de l’agrochimie, pour 43 milliards de francs en 2017, plusieurs parlementaires avaient plaidé pour mettre en place un système de filtrage. En vain.

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Dans un communiqué publié mardi, le Conseil européen affirme, en termes à peine voilés, qu’il offre une protection contre les investissements d’entreprises d’Etat chinoises ou des entités privées bénéficiant de subventions publiques chinoises qui ont acquis des groupes européens de haute technologie ou qui mènent des activités stratégiques.

Allemands choqués

En effet, de nombreuses opérations de fusions et acquisitions ont marqué les esprits ces dernières années. En 2016, les Allemands étaient choqués d’apprendre que le fabricant de robots industriels Kuka était repris par le chinois Midea. Idem lorsque le constructeur automobile chinois Geely est devenu le premier actionnaire du groupe Daimler. Des exemples abondent dans presque tous les pays où les investisseurs chinois sont entrés dans des activités stratégiques comme l’énergie et les transports.

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Selon le Mercator Institute for China Studies basé à Berlin, les investissements directs chinois en Europe sont passés de moins de 5 milliards d’euros en 2000 à 177 milliards en 2016, avant de descendre à 119 milliards en 2017.

«Il est légitime pour les Etats de préserver des intérêts nationaux face aux investissements étrangers», commente Richard Bolwijn. Le chef de recherche à la Conférence de l’ONU sur le commerce et le développement (Cnuced), qui publie chaque année un rapport sur les flux mondiaux des capitaux, fait ressortir que l’UE compte également de nombreuses entreprises d’Etat qui opèrent à l’étranger.

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