Louis Vuitton et Gucci dénoncent leurs loyers genevois

Depuis près d’un mois, l’économie suisse se trouve presque entièrement paralysée. Des dizaines de milliers d’entreprises louent des locaux commerciaux, tout en subissant l’interdiction d’exercer leurs activités, du fait de la pandémie de coronavirus. Deux d’entre elles, Louis Vuitton et Gucci, des marques de luxe mondialement connues, ne s’accommodent plus de ce régime à Genève. Les deux sociétés ont présenté leurs exigences au propriétaire des arcades qu’elles louent à la rue du Rhône : la Fondation Edmond J. Safra. Celle-ci ne les a toutefois pas entièrement acceptées.

Selon nos informations, ces deux locataires ont sollicité une baisse de loyer. «C’est dans l’air du temps», s’amuse l’avocat genevois Marc Bonnant, membre du conseil de la Fondation Edmond J. Safra. Cette réduction ne leur a pas été accordée. Marc Bonnant nous a cependant confirmé que leur vœu d’un rééchelonnement des mensualités, autrement dit un report des échéances de loyer, a pu être exaucé. Une éventuelle diminution du loyer sera en outre encore examinée, «à une date ultérieure».

A la bonne heure! Cette précision rassurera probablement, sur le long terme, le propriétaire de Louis Vuitton, le groupe LVMH, dirigé par le Français Bernard Arnault, et celui de Gucci, Kering, présidé par le non moins Français François-Henri Pinault. Le profil de ces acteurs économiques donne néanmoins, dans l’immédiat, une dimension exceptionnelle à cet incident entre bailleurs et locataires.

Contactés par nos soins, les groupes LVMH et Kering ne nous ont pas encore éclairés sur la suite de leurs activités et l’évolution de leurs effectifs en Suisse. Louis Vuitton dispose aussi d’une boutique à Lausanne et d’une troisième à Gstaad. Au-delà du bout du Léman, les enseignes Gucci sont aussi présentes dans les cantons de Zürich, du Tessin et des Grisons. Dès le 20 mars, le Conseil fédéral avait d’ailleurs insisté sur l’important préjudice à redouter de ces situations délicates, dues à des impératifs de sécurité sanitaire.

Deux camps encore opposés

Ne cachant pas quelque embarras en conférence de presse, le chef du Département fédéral de l’économie, Guy Parmelin, s’était empressé d’encourager les parties à anticiper ce type de litige, à se consulter et à trouver des compromis. Le magistrat vaudois UDC (Union démocratique du centre) rappelait en outre volontiers que les éventuelles divergences entre locataires et bailleurs relèvent du droit privé. Et le Conseil fédéral paraît bien décidé de ne pas s’en mêler.

Les discussions entre les deux camps, bailleurs et locataires, continuent cependant de buter sur une question cruciale: la fermeture des commerces, imposée par le Conseil fédéral, constitue-t-elle un défaut de la chose louée, ne justifiant dès lors plus le paiement des loyers, comme ils ont été fixés dans le contrat de bail originel? Propriétaires et locataires ne s’entendent toujours pas sur ce point. Et chacune des parties invoque son propre avis de droit.

Créé: 09.04.2020, 16h52

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