Lonza, championne de la gouvernance en Suisse

L’ombre de la pandémie a vivement réduit l’ambiance des assemblées générales (AG) en 2021. La léthargie des activistes a également joué un rôle. La participation des actionnaires aux votes s’est certes accrue à 70% (67% en 2020), «mais les échanges sont restés bien maigres», a déclaré à la presse, jeudi, à Zurich, Christophe Volonté, directeur adjoint d’Inrate. Le spécialiste de gouvernance d’entreprise zurichois présentait le 12e classement annuel zRating des meilleures sociétés suisses en termes de gouvernance d’entreprise.

Les échanges avec les petits actionnaires n’ont pas la priorité, a confié Christophe Volonté. La seule entreprise dont l’AG s’est tenue en présentiel a été Ems-Chemie, le groupe grison dirigé par Magdalena Martullo-Blocher. Dans 47% des cas, il a toutefois été possible aux actionnaires de poser des questions au conseil d’administration, généralement par courrier électronique et parfois par poste. L’amélioration est sensible par rapport aux 7% de l’an dernier. De plus, 15% des entreprises ont organisé une retransmission vidéo.

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Trois sociétés ont même organisé une discussion virtuelle avec le conseil d’administration (chat), à savoir Leclanché, Sika et Interroll. Il n’a toutefois jamais été possible d’exprimer son droit de vote en direct. «Pour obtenir une impression correcte de la réalité, le conseil d’administration devrait être directement confronté aux questions des petits investisseurs», recommande Christophe Volonté.

Le point le plus critiqué par les actionnaires a porté sur le rapport de rémunération, accepté en moyenne à 86,5% des droits de vote (contre 87,7% en 2020).

Les leaders de la gouvernance

Le classement de la gouvernance 2021, qui comprend 65 critères allant de la structure du capital à la rémunération des dirigeants, place Lonza en tête.

Le groupe bâlois, qui fabrique le vaccin de Moderna, succède à Sunrise, dont les actions ont été décotées à la suite de son rachat par UPC. Lonza figure parmi les meilleurs depuis 2009. La seule ombre au tableau de cette société réside dans le niveau élevé d’actions (plus de 40%) qui ne sont pas inscrites au registre des actionnaires. Cette situation touche souvent les investisseurs internationaux.

Swisscom et le groupe de produits alimentaires Orior, qui gagne 11 rangs par rapport à 2020, complètent le podium.

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Les plus fortes améliorations sont réalisées par Meier Tobler, Poenina, Coltene, SIG Combibloc et Swissquote. Les progrès de ces sociétés résultent, selon Inrate, de changements statutaires (par exemple, une réduction de la taille des organes dirigeants) et d’adaptations pratiques (rémunération, compétences des dirigeants, transparence).

Les derniers du classement sont Compagnie Financière Tradition (171e), Kudelski (170e), WiseKey (169e), Swatch (168e) et Carlo Gavazzi (167e).

Les rémunérations du directeur général sont demeurées stables au sein des 171 entreprises cotées analysées par Inrate, et qui répondent à des demandes de ses clients. La médiane (autant de directeurs ont un revenu supérieur qu’inférieur) s’établit à nouveau à 1,3 million de francs. La moyenne s’inscrit même en baisse à 2,4 millions de francs (contre 2,6 millions). «Les progrès sont incontestables sur ce plan. Il n’existe plus de salaire exorbitant», a déclaré Christophe Volonté.

La participation des femmes au conseil d’administration progresse lentement, à 20% (contre 11% l’an dernier), mais la tendance est favorable, selon Inrate.

Un problème de compétences numériques

L’analyse s’étend aussi aux compétences des administrateurs. Inrate note que 39% des groupes satisfont tout le savoir nécessaire (contre 34% en 2020), de l’expérience dans les pays émergents à la formation juridique. Mais les connaissances numériques et l’habitude de gérer des projets informatiques ne sont présentes que dans 60% des conseils d’administration. L’amélioration est lente et progressive puisque le taux s’élevait à 40% il y a quatre ans, note Inrate.

Le respect des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance devrait davantage s’intéresser à l’impact réel des produits et des services de l’entreprise plutôt qu’à multiplier les informations, a plaidé Christophe Volonté. Les questions de durabilité doivent faire partie de la stratégie et les progrès être mesurés en conséquence pour éviter le risque de greenwashing, a-t-il insisté.

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