L’onde de choc de l’épidémie atteint le marché du travail

En dehors de la pression sur les services de réanimation des hôpitaux, c’est l’autre priorité de toute l’Europe. Faire en sorte que cette pandémie qui met à l’arrêt depuis des semaines – la quatrième en Suisse – la quasi-totalité du continent ne laisse sur le carreau des centaines de milliers de salariés une fois que la machine repartira. De Berlin à Paris en passant par Berne, la solution consiste à faire prendre à l’État le relais sur le paiement d’une partie des salaires. En la matière, l’unité est le milliard – d’euros ou de francs.

Une mobilisation indispensable, à observer l’affolement des compteurs de l’emploi reflété ce mardi par le pointage officiel du Secrétariat d’État à l’économie (SECO). Alors que le confinement partiel de la population, la fermeture des écoles, mais aussi d’une bonne partie des commerces et des usines, ont été instaurés à partir du 13 mars, le taux de chômage est déjà reparti à la hausse pour passer de 2,5 à 2,9% sur la seconde moitié du mois écoulé.

Ce n’est que le début

Résultat: au début de la semaine dernière, il y avait déjà 20% de chômeurs de plus en Suisse qu’il y a un an à la même époque. Dans l’hôtellerie et la restauration, le nombre de sans-emploi est passé d’un peu moins de 9000 en moyenne l’an dernier à 14’000 fin mars. Dans l’horlogerie, le décompte affiche 1600 chômeurs, contre 1100 en 2019.

Le taux de chômage général de 2,9% – niveau encore limité, semblable à celui de début 2018 – ne reflète que l’onde de choc initiale. Les véritables effets de la crise sur le marché de l’emploi vont apparaître au cours du printemps, a prévenu Adecco lundi. Le géant du placement de personnel a mesuré un plongeon de 26% des offres d’emploi. En deux semaines. Sa directrice générale, Nicole Burth, a évoqué une chute «frappante» qui «rappelle déjà par son ampleur la crise bancaire de 2008 ou celle liée au choc du franc en 2015». Un espoir? L’ampleur de la mobilisation sur le chômage partiel fait que «les chances d’une reprise à moyen terme des offres d’emploi sont intactes».

600 millions par mois

Ce mouvement brutal inquiète les partenaires sociaux. «Les licenciements vont bon train, alors que le Conseil fédéral a étendu le chômage partiel à presque toutes les branches et à tous les types de contrats», a prévenu mardi l’Union syndicale suisse.

Au dernier pointage, des dizaines de milliers d’entreprises ont déposé des demandes de chômage partiel pour près de 1 million et demi d’employés. Soit le tiers de la population active et… dix fois le nombre de «vrais» chômeurs.

Un effort énorme: en janvier, moins de 4000 personnes bénéficiaient du mécanisme. Dans un pays de la taille de la France, la mesure a été déployée au profit de 5 millions de salariés. La facture arrive. Le mécanisme de «réduction de l’horaire de travail (RHT)» représente le gros d’un coût additionnel de 600 millions de francs – par mois – à la charge de l’assurance chômage, qui va boucler 2020 sur un endettement «important», prévient le SECO.

Plus brutal qu’en 2009

Qu’en pensent les économistes? Un sondage réalisé lundi par l’agence AWP montre qu’ils s’accordent sur un taux de chômage dépassant 3% d’ici à la fin de l’année. Contacté mardi, Gero Jung, chef économiste de Mirabaud Asset Management, constate que l’emploi se détériore beaucoup plus rapidement qu’en 2009. «On assiste à un choc plus direct qui touche le secteur des services, non à un effet décalé de six à huit mois après l’entrée en récession», explique-t-il. Un choc qui pourrait dépasser celui de la grande crise financière – le chômage avait atteint jusqu’à 4,4%. Mais un choc qui pourrait se révéler «beaucoup plus temporaire», grâce à la mobilisation sans précédent pour soutenir les entreprises.

Face à l’emballement des licenciements, l’alternative entre le maintien de contrôles sanitaires sévères et le sauvetage de l’activité est ouvertement mise sur la table par une partie des milieux patronaux. Mais tout ne repose pas uniquement sur la réouverture des écoles et des bureaux, a rappelé mardi le KOF, en publiant ses estimations du coût de l’épidémie pour la Suisse – soit entre 22 et 35 milliards de francs entre mars et juin, selon l’évolution de la pandémie. Quel que soit le scénario retenu par l’institut conjoncturel, moins de la moitié de cet impact est due aux mesures de confinement en Suisse. Le reste est lié au gel des marchés à l’étranger et à «l’effondrement de l’économie mondiale».

Créé: 07.04.2020, 20h41

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