L’intégrité numérique: le vrai combat pour nos données

C’est déjà trop tard. «Le client n’a plus de secrets depuis longtemps», écrivait Comparis.ch jeudi en présentant un système permettant de connaître sa solvabilité. Banques, assurances, mais aussi magasins en ligne et très probablement tous les autres fournisseurs de services ont mis la main sur nos données personnelles.

Un constat qui sonne comme un aveu de la part du comparateur en ligne, qui possède lui aussi à n’en pas douter une foule d’informations sensibles nous concernant, y compris sur notre santé. Par le biais de ses outils de comparaison – de primes maladie, de crédits immobiliers, de produits de prévoyance, etc. – le service aspire nos données quotidiennement.

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Pourquoi s’en offusquer, d’ailleurs, puisque nous les lui offrons? Or, dans le calcul des notes de solvabilité, la formule n’est pas claire. Certaines données sont libres d’accès, provenant de registres publics, de feuilles d’avis ou du Registre du commerce. Les autres relèvent du comportement d’achat du consommateur, soit notre façon de régler ou non nos factures, dans quels délais, mais aussi la fréquence de nos achats. Selon quelles modalités ont-elles été acquises?

Le débat est d’autant plus urgent qu’il règne une certaine ignorance chez le consommateur. Sur 1000 personnes sondées par Comparis.ch, 900 ignorent qu’elles sont fichées sur leur solvabilité. Est-ce de l’ignorance ou de la résignation? Personne ne lit vraiment les conditions générales énumérées dans un jargon juridique pompeux sur des dizaines de pages. Et quiconque les refuse n’achète plus, ne socialise plus et, à terme, s’exclut d’un monde toujours plus connecté.

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Si nous avons déjà perdu la bataille sur le front de la collecte des données, le combat pour l’encadrement de leur utilisation ne fait que commencer. Le temps presse, alors que les experts prédisent une croissance fulgurante des données ces prochaines années, représentant autant de risques pour notre sécurité.

Des réglementations apparaissent, en Europe notamment. Le 25 mai 2018 est entré en vigueur le Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui concerne aussi les entreprises suisses actives sur le Vieux-Continent. Mais la Suisse ne révisera pas sa loi sur la protection des données avant 2019, voire 2020 ou plus tard encore. Dans l’intervalle, les organisations de défense des consommateurs se mobilisent pour mieux encadrer les pratiques. C’est un premier pas.

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A moins que nous n’ayons empoigné le problème à l’envers. Toutes les données nous concernant sont, au fond, des éléments constitutifs de notre personnalité. Et si l’existence physique d’un individu est établie, avec des droits fondamentaux universellement reconnus pour éviter toute atteinte à son intégrité, les contours de l’individu numérique restent, eux, à définir.

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