L’innovation suisse fait sa promotion au CES de Las Vegas

Démesure oblige, le plus grand salon mondial de la technologie grand public se répartit un peu partout dans Las Vegas. Avec le Convention Center, le Sands Expo, situé derrière un grand hôtel-casino, accueille le plus grand nombre d’entreprises. Les start-up ont rendez-vous au rez-de-chaussée. La délégation française, présente en masse sous le logo «French Tech», a colonisé l’entrée. La Suisse a choisi une autre approche.

Avec plus de 4000 exposants, l’attention du visiteur se mérite. Au CES, il y a beaucoup à voir. «Croire rapidement à un produit, c’est la clé ici. Les gens ont peu de temps à perdre», prévient Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse, chargée de promouvoir le pays à l’étranger. Alors un pavillon national offre un raccourci précieux. «Quand la marque «Suisse» est mise en avant, il y a un transfert de valeur sur les entreprises. Si la Suisse propose quelque chose, c’est que c’est de la qualité», assure-t-il pour justifier ce premier voyage groupé de start-up helvétiques dans le Nevada.

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Dans l’immense hall bas de plafond baptisé «Eureka Park», où chaque stand ressemble un peu aux autres, le pavillon suisse, entre la Corée du Sud et l’Italie, se distingue par une certaine élégance. Quelques néons lumineux «Swiss Tech» – on est à Las Vegas après tout – égaient des murs noirs qui donnent à l’ensemble une cohérence visuelle pas si courante dans les allées du CES.

Des drones pour attirer les visiteurs

Pour attirer les visiteurs, les organisateurs ont misé sur ce qui est désormais une spécialité locale: les drones. Près d’un tiers des start-up présentes évoluent dans le secteur. Parmi elles, Sunflower Labs, qui développe des drones pour surveiller son domicile, ou l’Elios de Flyability, pour se rendre dans des zones difficiles d’accès.

Le pari, c’est qu’une fois sur place pour assister à une démonstration de drones, le visiteur jettera un œil au reste de ce que le pavillon a à offrir. Les start-up – une trentaine – sont sans doute un peu à l’étroit, avec environ un mètre chacune sur un long comptoir. Mais la plupart des produits exposés ne demandent pas beaucoup d’espace de démonstration. Le Snowcookie par exemple est un capteur à fixer sur un ski et sur la poitrine. «On peut ainsi comprendre la position de votre corps en corrélation avec votre équipement. Considérez-nous comme un instructeur dans votre poche», sourit Krzysztof Machaj, l’un des douze employés de la société zurichoise.

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Une bague pour remplacer la souris

Juste à côté, Padrone présente une bague transformant le doigt en souris d’ordinateur et une table en tapis de souris. «Elle est faite en Suisse», avance fièrement Marc Speck, l’un des trois cofondateurs de cette petite entreprise installée à Zoug. «Notre modèle, c’est l’industrie horlogère. La bague est similaire à une montre. Elle se porte, elle définit qui vous êtes. A l’intérieur, c’est une affaire de technologie et à l’extérieur, de bijouterie», ajoute celui qui se réjouit de ne pas avoir eu à s’occuper de l’organisation de son stand.

C’est Switzerland Global Enterprise (S-GE) qui s’en est chargé. Le groupe soutient les sociétés dans leur quête de nouveaux marchés. «On est un petit pays. C’est important d’unir nos forces parce que le chacun pour soi, pour la Suisse, ça ne marche pas», résume Daniel Kueng, à la tête de S-GE.

Cofondateur de Wecheer, Karim Choueiri reconnaît volontiers que sa start-up de Lausanne n’aurait pas eu les moyens logistiques et financiers d’organiser à elle seule un tel voyage. Ici, le jeune entrepreneur a pu présenter son décapsuleur intelligent à des Sud-Coréens et à des Brésiliens. Des représentants d’Amazon se sont intéressés à son produit, capable de répertorier la marque des bouteilles ainsi que le lieu et la date de leur consommation, mettant à disposition des bars et des fabricants de boissons une série de données marketing à exploiter.

On doit se battre pour montrer que la Suisse est le pays le plus innovant du monde et l’un des pays les plus compétitifs du monde

Daniel Kueng, responsable de Switzerland Global Enterprise

«On a déjà fait le Spot à Lausanne, mais là, c’est incroyable. On a eu des connexions au Japon, en Chine, au Brésil en même pas deux jours», s’enthousiasme de son côté Nicolas Bourdillon. Il travaille chez Be.care sur InCorpus, un wearable identifiant cinq types de fatigue avec des applications dans le monde du sport ou de l’entreprise.

Si le CES est un salon international, approcher le marché américain reste l’objectif de la semaine. «C’est notre deuxième marché après l’Allemagne! Il représente 15% de nos exportations», rappelle Sylvain Jaccard, directeur Suisse romande à S-GE, précisant que le pitch des start-up a été préparé dans cette optique.

Chocolat, montres et réalité virtuelle

Mais c’est un marché qu’il faut parfois éduquer, les Américains associant d’abord la Suisse au chocolat ou aux montres. «On doit encore se battre pour montrer que la Suisse est le pays le plus innovant du monde et l’un des pays les plus compétitifs du monde», constate Daniel Kueng.

C’est ce qu’a remarqué également Max Rheiner. Birdly, sa «machine à expériences», comme il la décrit, est l’une des plus photographiées du stand. Allongé, les bras posés sur des ailes et équipé d’un casque de réalité virtuelle (RV), le visiteur survole New York ou le monde du jurassique. «Les Américains ne s’attendent pas à ce que la Suisse fasse ce genre de produits technologiques, en particulier dans le secteur de l’edutainment ou de l’infotainment, mais la Suisse a une scène de RV très dynamique», signale Max Rheiner.

Shift Cryptosecurity, en revanche, cultive un savoir-faire historique, la finance. Elle a créé un «porte-feuille» pour cryptomonnaies. «Il y a une corrélation claire entre notre produit et l’ADN suisse de fournir des produits bancaires solides», estime Vlado Ptrushev, de Shift. Le produit est déjà disponible dans plus de cent pays en attendant une deuxième version que le salon pourrait aider à faire décoller.

Juger du succès de cette première demandera un peu de recul. Mais toutes ces start-up peuvent déjà mettre en avant le label CES pour asseoir leur légitimité.

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