L’industrie des boissons s’en remet au PET 2.0

De petites bouteilles en PET ont été soigneusement rangées sur la table. Chacune portant le prénom de l’un des quatre journalistes venus visiter mercredi le centre d’embouteillage d’Evian (France). Si la marque, propriété du groupe français Danone, se plaît à rappeler que les qualités thérapeutiques de son eau minérale naturelle sont reconnues depuis 1789, c’est son contenant qui sème aujourd’hui la discorde.

Des bouteilles comme celles-ci, Evian en produit en moyenne 7 millions par jour. A un jet de pierre de Lausanne, là où les glaciers ont dessiné la courbure du lac et où une goutte de pluie met quinze ans à redescendre le long de la dent d’Ouche. Que ces bouteilles soient en millilitres ou en litre, leur constitution à base du fameux polytéréphtalate d’éthylène (ou PET, selon son acronyme anglo-saxon) représente plus de la moitié (51%) de l’empreinte carbone de la marque, contre 42% pour le transport.

La «bouteille la plus vertueuse»

Frederic Haas le conçoit: «Nous devons repenser radicalement notre approche au plastique.» S’il maintient que le PET reste la meilleure matière pour préserver la qualité de son produit, le directeur de Danone Waters Suisse avait convié la presse pour annoncer le lancement en juin de sa «bouteille la plus vertueuse» à 1,5 l, grâce à la récente obtention de la certification Carbon Trust. Elle présentera aussi un taux de PET recyclé de 50% (PETr, dans le jargon). Contre 30% en moyenne. D’ici à 2025, la marque espère atteindre 100%.

Il faut dire que la pression s’est accrue sur le plastique à usage unique. Remontés, les environnementalistes évoquent un «septième continent de matières plastiques», solidifié par les courants marins au milieu des océans. Le dernier rapport du WWF fait état d’une accélération de la cadence. Plus de la moitié du plastique produit depuis 1950 l’a été ces seize dernières années. Soit 396 millions de tonnes par an, 50 kilos pour chaque Terrien. Le plastique représenterait désormais 6% de la consommation mondiale de pétrole, selon le WWF.

Le chemin du bleu glacier

Chez Evian, où l’on revendique 49,9% des parts du marché helvétique de l’eau plate, on rappelle que le PET y atteint un taux de recyclage de 83% grâce à ses 50 000 points de collecte. Le chemin est encore long et nécessitera «l’engagement des clients et de tous les partenaires. Chaque bouteille compte», selon Frederic Haas, qui reprend au sien l’un des derniers slogans marketing d’Evian.

La science devra aussi faire un bout de route. La compression des bouteilles usagées engendre des pertes de matière et une détérioration de la couleur bleu glacier des bouteilles d’Evian. Elle se présente sous la forme de petits points noirs ou d’une pâleur; «nos clients n’en veulent pas», tranche Audrey Bechet, porte-parole du site d’Evian. Afin d’égaler la qualité du plastique vierge, Evian s’est associée à Loop. La start-up californienne développe une technique qui permettrait de sélectionner précisément les molécules pour faire du plastique 100% recyclé.

Le groupe Danone s’est, en parallèle, lancé sur d’autres pistes. Avec son concurrent direct Nestlé Waters, il a formé il y a deux ans NaturALL Bottle Alliance, à laquelle s’est jointe PepsiCo. Objectif: produire des bouteilles en PET bio à base de copeaux de bois et de vieux cartons. Une usine canadienne planche sur les prototypes dont la commercialisation n’est pas prévue avant 2022.

L’enzyme mangeuse de plastique

Les majors des boissons coursent toutes plusieurs lièvres. Fin avril, Nestlé Waters annonçait un partenariat avec la start-up française Carbios afin de développer une enzyme mangeuse de plastique PET, le biorecyclage. L’objectif de ce consortium de recherche, regroupant aussi L’Oréal et PepsiCo, est de monter de 20 à 35% la part de plastique recyclé dans ses bouteilles… d’ici à 2025, hasard du calendrier.

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Mais pour Greenpeace, la meilleure bouteille, c’est encore celle que l’on ne produit pas. Après l’huile de palme, l’ONG environnementaliste a fait de la lutte contre le plastique son grand sujet de campagne. Y inclus irruption de militants aux assemblées générales de l’industrie et débarquement d’un «monstre de déchets» sur les rives de Vevey.

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L’ONG fait valoir que seul 9% du plastique est actuellement recyclé dans le monde, le reste finissant quasiment invariablement dans les mers du Sud. Elle rappelle que beaucoup de régions ne disposent pas de systèmes de recyclage, critiquant une forme de décharge de responsabilité des multinationales. Pour le porte-parole de Greenpeace, l’enzyme de Carbios «ne freinera pas non plus l’énorme gaspillage de ressources naturelles que représente notre utilisation actuelle de plastique», la seule solution consistant à sortir de la «culture du jetable».

Sur la table du site d’embouteillage d’Evian, les journalistes ont tous emporté leur bouteille souvenir. En attendant qu’elle change un jour de composition.

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